Tout le monde sait que c'est nulle part.

vendredi 11 mai 2018

How a 75 years old man almost saved my life....



         J'ai vu la tournée "The Wall" de  Roger Waters trois fois en tout, entre 2011 et 2013. En matière d'intensité et d'effets visuels, je pensais avoir atteint le climax ultime. Et puis les thèmes abordés dans l'album me parlaient avec une acuité singulière. Puissantes sensations.



Le mercredi 9 mai 2018, j'ai de nouveau vu Waters en live. La tournée s'appelle "Us & Them". Je m'attendais à assister à un superbe concert. Aucun doute là dessus. Les shows du Monsieur sont toujours démesurés, dantesques, impressionnants.



Je ne veux pas trop en dévoiler, parce que Mathieu viendra avec moi aux concerts parisiens du mois de juin, et que cette expérience doit se vivre, selon moi, vierge et pas encombré d'images youtubesques propres à spoiler ce truc. L'expérience est telle qu'on doit se la prendre dans la tronche comme un uppercut.



Ceci étant, je peux ici délivrer quelques sensations : le spectacle est divisé en deux parties.

Durant la première, j'ai entendu un groupe soudé et sincère, soutenir les mots et la musique d'un homme brillant. Et tous ces mots, ces sujets abordés  (  le pouvoir, la solitude, l'aliénation par le travail, l'argent, la vieillesse, la guerre, la folie et la mort ) m'ont secoué l'échine comme jamais. J'étais sûr d'être perméable à ces notions ( mais qui ne le serait pas?). Pour autant, j'atais loin de m'imaginer qu'elles ouvriraient à ce point des digues psychiques en moi.

Je me suis rapidement mis à pleurer. Beaucoup.Vraiment beaucoup.

A penser à cette fameuse solitude que je traîne comme un boulet existentiel, à tout ce besoin d'amour que je ressens au fond de mes tripes, derrière ma façade ridicule de misanthrope à la petite semaine.

Waters a percé la carapace de celui qui écrit ces lignes.


J'ai pensé à Papa, qui me manque encore comme s'il était parti avant hier, j'ai pensé à cette vie que j'aurais voulue entièrement vouée à la musique et où je me retrouve cloué derrière un bureau de fonctionnaire, j'ai pensé à tout ce qui m'oppresse et à tout le courage qui me manque pour envoyer valser ce bordel en disant :" Allez tous vous faire foutre, vous et votre esclavagisme monétaire, vos chaînes sociétales, votre bien pensance de merde, je prends mon envol, je vais vivre maintenant selon mes principes, renaître et aimer de nouveau comme un illuminé, parce qu'il n'y a que ça pour donner un putain de sens à mon parcours terrestre. Tout le reste n'est que de la merde. Mais sentir la main d'un être tendre dans la mienne, c'est ça, la vérité. La source. La matrice. Tout le monde a saisi? Sur ce, fuck u all again and say hello to hell".

La première partie s'est terminée. J'étais couvert de larmes. C'était bon. Je suis monté haut, vraiment haut dans l'émotion. Et les actions kleenex ont dû faire un bond significatif à Wall Street.


Et puis le second acte de ce cirque rock a débuté.

Ce fut d'une tout autre teneur : rageur, vindicatif, politique, engagé.

Le tout avec des effets visuels et sonores tout bonnement incroyables.


Je n'étais plus dans la purge. Je n'avais plus rien à pleurer.

J'avais basculé dans l'espoir. La lutte. L'envie d'être debout. D'y croire.

Que les humains, sans verser dans un sentimentalisme bisounoursien, pouvaient encore réagir et se battre. Que l'esprit qui anime l'homo sapiens n'est pas fait que de haine, et qu'on est des millions à vouloir une autre vie.

Le dernier album de Waters s'intitule "Is this the life we really want?".

Je saisis mieux, maintenant...


Non. Ce n'est pas cette vie que nous voulons. De cet endroit où des cochons s'engraissent à coups de rétrocommissions et de parachutes dorés pendant que les moutons du troupeau souffrent, qu'ils en chient comme des bêtes de somme pour bouffer et avoir une existence décente. Nous voulons autre chose. Quelque chose de sacré, de pur, de fort, quelque chose qui remette les pendules du genre humain à l'heure une bonne fois pour toutes.


Je suis cynique. Désabusé depuis bien longtemps. Je ne me fais aucune illusion, au fond de moi. Je connais ma planète. J'ai bien peur que rien ne change. Parce que l'humanité est ainsi faite. L'espèce a mal tourné...


Mais entendre 20000 personnes applaudir et hurler leur colère lorsque le slogan "Trump est un porc" apparaît sur un écran géant, ça fait rudement chaud au coeur.

Et ça regonfle sacrément le réservoir d'optimisme.

On n'a aucune chance.

Eh bien saisissons la quand même.


Je m'appelle Jean-Julien Brérard.

Je veux aimer.

Je veux une autre vie.

Je veux la vraie, celle où je pourrais me sentir en paix, dans la tendresse et la douceur, je veux pouvoir regarder les yeux d'un être humain et pouvoir me dire : "Tu es là, je ne crains plus rien".


Je veux juste être heureux, quelques minutes ou quelques heures.


Merci M'sieur Waters.


You gave me hope.


And i'll try to hang on to my dreams from now on.

dimanche 15 avril 2018

Là, Las Land

J'ai des envies de nacre, je veux tuer ces putains de journées de sagesse, les assassiner froidement pour qu'elles laissent place à tous les coeurs de cratère disponibles. Je veux tes lèvres. Je veux tes nuits, façon vertige à l'équateur, je veux entrer sur ton territoire blème et m'y avouer vaincu et désincarné. J'abdiquerais pour toi. Je buterais ce qu'il me reste à arpenter ici pour revivre dix minutes dans tes bras de vagabonde interstellaire.

J'y pense, comme les repentis aigris repensent aux anciennes cuites, aux moments où je touchais Dieu en ruisselant de vodka. Comme ces montées d'héro, lorsque l'univers devient parfait et nous intouchables, fous et libres, imparfaits et surpuissants. J'ai tellement aimé notre cyclone qu'il m'a laissé pantois. Coi. Interdit. Inapte à jamais. Il reste un ersatz qui dérive dans les limbes. Dans le néant. Dans le Deep. Dans des chimères cramoisies laissées sur l'autel de l'espoir d'un pauvre connard qui croit aux mirages. Amour? Plus pour moi. Machine à vivre. Robot inside, ladies and gentlemen. Automatic and insensitive fucker.

Il y a certaines chansons qu'on n'affronte pas, qu'on n'approche pas tant leur pouvoir sur la matière brute de l'âme est inéluctablement assourdissant. Tu es de ce calibre. On n'affronte pas tes yeux. Endormie, heureuse, en colère, triste, naissante au jour ou véhémente, tu es toutes, ma l'une, il faut que tu le saches. Aujourd'hui, les bas-fonds scintillent toujours et l'azur est d'encre, jusqu'au malaise qu'on se prend à aimer. Un gouffre glauque où je me vautre avec ardeur, comme si je n'avais jamais su faire autre chose que de rater, rater, et encore rater mon parcours de bipède malhabile.

Je t'ai attendu pendant 40 ans. Et nos danses de séduction épistolaires ont duré dix longues piges. Des milliers de jours à me cogner dans l'existence, le travail, les femmes, les paradis liquoreux, tout ça pour quelques mois d'absolu. Et après? Achète, mec, c'est pas perdu. C'est jamais perdu. Non. Parce qu'à l'instant où j'ai vu tes yeux, j'ai sombré corps et biens. Crucifié ad vitam. La bête ne s'en est jamais relevée. Même si l'on feint. On passe son temps à simuler qu'on est debout, pour les méandres sociétaux qu'il faut bien arpenter vaille que vaille.
Pour le matricule. Le salaire, la couverture, le masque.

Mais tout ça n'est pas bien grave, ma bien chère astéroïde 789. Je t'ai connue. Je t'ai aimée. Et je t'aimerai toujours. Ma chair ne ment pas. Je suis en paix. Dans l'intranquillité sereine.
C'est le chemin vers l'eldorado, chérie. Si nos pupilles ne se recroisent pas dans ce monde, mes tripes savent que le suivant sera propice à nos clairières de rage. C'est gravé dans la roche, par un cintré de première qui travaille larmes à la main.

Attends moi, ma petite fureur, mon cristal d'ambre, mon hamadryade. Attends moi. Je ne souhaite que ton pouvoir noir fouillant mes veines incertaines.

https://www.youtube.com/watch?v=Lv5qN4Qn9ss

vendredi 9 février 2018

L'enfer me ment



Notre nouveau chapitre, mon bel amour, le livre suivant la genèse, notre Bible intime qui dépose ses lignes, à chaque minute, chaque souffle, ce vertige à la puissance occulte inouïe, c’est naître, la vie au creux des mains, la démarche paisible, c’est aller vers le destin du monde invisible. Là où l’univers est, a été, sera. Vers le tout. Et surtout toi. Toute ma vie, j'ai essayé de faire de mon mieux avec ce que je suis. Aujourd'hui, où que tu sois, je m’endors hanté par ta peau.


Tes désordres font désir. J'ai pris un aller simple pour le sacré, j'ai mis fin au naufrage. Me perdre dans tes yeux au point de m’y voir, tout simplement. De cette furie d’échanges de fluides, je suis né, amour, je remonte à ma propre surface, je suis de retour de la terre des ombres. La mort est une amie, puisque je l’ai vécue, trépassé de mes maux, je l’ai aimée et lui dis à plus tard, attends moi, je dois vivre. Je suis un missile en mission. Je me battais comme tout le monde. Pour quitter mes ombres profondes, mes tunnels. Je t'attendais comme un miracle, un Noël païen. Il est venu mon putain de jour de chance.

Envahi, découpé, tuméfié, recraché, hébété. Se dire en haut le cœur, gouverné en malaises, qu'on n'aimera plus à ce point, qu'on n'a jamais aimé, finalement, et qu'il faut saisir chaque spectre de nos instants, mon amour, qu'il faut en avaler toutes les parcelles comme un possédé. Je sais avec détermination que tu es l'immensité de mon existence. Que tu portes ma vie et ma mort dans ton sang. Je ne me possède plus, je suis tien, depuis maintenant jusqu'à mes ultimes portes, parce qu'avant toi, c'étaient les répétitions, une ridicule antichambre avant l'infini. Ouvrez le bal, fermez le ban, faites entrer et faites monter : je t'aime. Moi le fou. Toi mon aile. Tu es celle, belle, qui me trouble et m'anime.

Restons fous et hors du temps, nos vies ont pris de l'ampleur, la redescente parmi les "gens" est inenvisageable, merde. Très chère aimée, qu'il me serait ardu de vous décrire tous les sentiments qui me transpercent en une journée d'amour pour vous. Tout se mêle, c'est bonheur porté au rouge, puis affres de douleur, et joie, et peine, et folie du sang. C'est ainsi que j'ai toujours envisagé de trouver un intérêt à nos mornes vies de bipèdes: aimer, à en s'en vider les tripes. C'est le plus grand des sauts. C'est toi, mon amour, ma chair, ma peau, ma vérité, ma galaxie, ma moitié adorée, ma dérobée des ombres, ma route. Je crie. Nos salives mélangées n'ont  pas de limites et sont sucrées et exquises. Tout m'indiffère: les gens sont petits, transparents, absents, inexistants. Passons de l'autre côté. Tout est laid, apporte moi la paix des purs amours, décime mes larmes à jamais. Avoir des gonzesses, sortir avec des filles, ça ne m'intéresse pas, je laisse ça aux abrutis, aux basiques, aux primaires. Vivre l'amour avec toi, c'est la dimension supérieure, c'est être en prise avec le big bang, le plus simplement du monde. Je suis dans un amour de ravagé, bien au delà du raisonnable, j'aborde des rivages familiers et je sens que je vais encore les dépasser, en incendiaire professionnel. Mes plus belles heures se vivent ici et maintenant, mon amour, mes jours les plus forts, mon corps et mon âme dévastés et branchés sur des ondes telluriques phénoménales. L'existence n'aura strictement plus de goût après notre épopée, et je crèverai, heureux. Dors, mon ventricule, mon aorte, mon ultime.


Chaque centimètre carré de ma peau t'appelle. Rampant, souffrant, rageant. Je vise la lumière, je me suis fixé comme objectif l'élévation des âmes. Tu sais, ma tendre, le grand amour présente sa facture, un jour ou l'autre, c'est ainsi, et c'est cruel. Mais l'aventure est si grande, si vivace...
J'accepterai la douloureuse et inéluctable fin de cette passion inouïe avec résignation et le plus de calme que je suis capable d'offrir à l'indicible. Mais pour l'instant nous ne sommes qu'un, jeune et vieux couple à la fois, unis par delà les méandres des choses impalpables.


Mon cœur est une usine féroce, une manufacture à bonheur, une unité de production qui tourne à plein régime, nuit et jour. Je ne grandirai pas. Fou de toi, quel bonheur mon cœur, quel plongeon, jamais revenir. Le temps de vivre est venu, on va se battre comme des chiens, arracher nos peaux d'humains en beaux diables, et envoyer valser tous les principes insipides qui dictent leur mort au quotidien. Nos vies se suivent, se reconnaissent en permanence, et s'aiment, clairement, posément, violemment. Je prends la mesure grandissante et effrayante de ce fieffé cadeau de la destinée. Mon amour... J'ai beaucoup regardé la gente féminine, de tout temps, avec un appétit très trivialement masculin. Je ne les vois plus. Tas de viande, bien taillées certes parfois, encore, sans doute. Mais tu cristallises toutes les beautés, chérie, tu rassembles tous mes désirs terrestres. Il n'y a plus que toi, ta sensualité somptueuse, et ta douceur infinie, qui me guident et m'enivrent. Tu irradies partout, ton amour suinte de toutes choses, du ciel, du sol, dans tous mes champs de vision il y a toi, en surimpression vaudoue. Nos mains enlacées vont nous porter loin, très loin, je le crains. Tant pis pour la réalité amère de ceux qui n’ont jamais goûté à ce breuvage incandescent : le rapprochement céleste et vénéneux de nos corps.

Toi, ma vie entière, mon essence, mon spiritueux, ma fugace permanence, ma ténébreuse, mon fix, mon ange, mon nerf, da mia lioubov, mon évidente origine, ma violence, ma peau, mon plasma, mes toutes choses, ma lumière, mon filament, mon envie, ma grâce, ma cible, mon inouïe adorée, mon projet, ma douceur, mon exquise, mon absente, mon ombre noire, ma présente, ma caféine, mon speed, mon autre, mon effraction, ma tulipe, ma charmante fée, ma plaie, mon rêve de feu, mon divin accident, mon quasar, mon interstellaire, mon décor, mon atoll, ma terre.

Désormais je fonce, je m'élève, je laisse l'inertie horrible du passé dans un container de stockage, je prends mon essor, j'accélère, je décolle, j'avance vite, très vite, je vais à la rencontre de ce que j'attendais. Je veux juste savourer chaque seconde de notre histoire incendiaire. Je laisse la sagesse aux frileux, moi j'ai chaud, partout, il y a combustion intime, désordre, virus, farandole. Hier est mort. Mon thorax est déployé, je domine, je toise, je prends des mesures, je me déplace en matador du vide, je suis grimé, mode camouflage, dans cette salope de jungle humaine, je prépare un assaut, je fourbis mes armes. En pensant à ton délicat cou qui me rend fou et sur lequel je ne me lasse pas de déposer des baisers en rafale. Ainsi que sur tes cheveux, ta bouche, ta nuque, et l'intérieur de ta cuisse droite. Ce sont formellement tes yeux, enveloppants, infiniment tendres et beaux, compréhensifs jusqu'à l'ultime, qui permettent à mon cœur de battre hors de ma poitrine, au grand air, dans la vérité.


Tu m'as fait naître au pur amour, à ce sentiment proche du divin absolu, que les moines en transe peuvent ressentir en séance de prière, les bras en croix et la face contre le sol des abbayes. Tu es la femme que j'aime, à en mourir ma race. Je ne  crains plus rien. Je suis un vieux rocher de granit léger comme un enfant farceur. J'en ai fini avec les jeux de maux. A toi.

Jean.

vendredi 19 janvier 2018

Plusieurs L'unes

Tu es bien le paradis que convulse la foudre – le paradis sans tache, l’Eden originel, d’où s’échappent les fleuves du creux même de tes hanches.

Et tu es ma lumière, cette lumière qui me veille dans mes nuits de fièvre, la lumière de tes yeux, de tes lèvres si douces où se déplie la soie de ton âme, la lumière de tes jambes où l’abîme de ténèbres se fait clarté de ton corps.

Toute ta chair illuminée… et ton ventre étendu est le champ si tranquille où croissent tous les lys blancs de nos cœurs enivrés.

Car tu es mon ivresse, et l’alcool de mon cœur, et dans tes vols aériens, le désir de mon âme dans ces cieux entrouverts que tu m’as révélés au secret de ta peau, dans les flots de tes cheveux, dans l’exquise finesse de tes doigts délicats dont les onglets dessinent des réseaux dans mon dos…

Comment dire l’unité de ton âme embrasée, de ton cœur battant l’univers au rythme des étoiles, de ta peau mordorée de tant de soleils tièdes – et de sourires de ta bouche où je voudrais me noyer ?

Je suis à toi corps et biens.

Tu m'es chair, mon amour.

Quelle joie de savoir que je te sois enchaîné, si librement enchaîné, que mon souffle n’est plus que celui de tes seins qui soulèvent ta poitrine.

Je me suis détaché de la mort. Je n'en ai plus besoin.

C'est en toi et avec toi que je veux vivre mes derniers instants d'homo sapiens.

Je ne crains plus rien. Car il n'y a rien. Rien au délà de nous.

Nous sommes troncs, racines, ruisseaux, galaxies, planètes, nous sommes la folie incarnée et pour rien au monde je ne veux que cela cesse.

Sauront-ils un jour à quel point nous nous sommes aimés?

A quel niveau d'incandescence avons nous porté cette grâce reconnue par nous seuls?

Elle nous a presque effrayé. Le surnaturel était à nos portes de simples mortels.

Des connexions, des portes ouvertes sur l'absolu, des ruptures impromptues dans l'espace temps de l'histoire des hommes.

Je garde tout cela au fond de moi, comme un mage protège avec ferveur ses secrets alchimiques.

La formule de cet élixir céleste est pourtant des plus simples : aimer.

Je veux dire :  AIMER.

Point.

Aimer à s'en faire sauter toutes les digues.

A en dérailler joyeusement.

A décoller pour des contrées inexplorées.

A en voir des choses qui n'existent que pour nos yeux de désaxés extatiques.

Je t'aime.

Bien plus que ce pauvre verbe de la langue des humains ne saurait le décrire.

Jean. 

jeudi 10 août 2017

Be back soon....

To be continued......

jeudi 6 août 2015

Le vrai moi is coming along ( and assorted lunatics)


https://www.youtube.com/watch?v=9QhB411bMuU


J'entretiens une relation étrange avec "Quadrophenia". Une sorte d'histoire d'amour qui s'est révélée sur le long cours, un peu comme lorsque l'on se rend compte que l'on est en train de devenir fou de passion pour ce qui était sensée être sa meilleure amie. J'ai mis du temps à venir à ce disque. Ou plutôt non : je l'ai aimé tout de suite, d'un bloc, mais pas à la hauteur du trouble qu'il sème en moi désormais. Au tout début des années 90 ( souvenez vous, petits merdeux, vous n'étiez qu'ersatz de vie alors qu'on s'apprêtait à se prendre "Nevermind" dans la gueule), j'ai eu une période Who à forte activité sismique. "Who's next" était en rotation intensive sur mes ondes persos, et me secouait le bulbe avec application. Et puis un beau jour, à la Fnac de Dijon, je me suis décidé à acheter ce fameux double album, dont Townshend aimait à dire ( et encore aujourd'hui) que c'est son oeuvre la plus aboutie, son masterpiece ultime. Et puis comme la patience n'est pas le trait de caractère qui me définit le mieux et que je devais prendre le train dans la foulée, j'optais pour la version K7 ( message aux merdeux cités précédemment: oui, nous, les vieux, pour la taille d'un iPod avec 15000 chansons, on avait qu'un seul album, et encore fallait pas tomber en rade de piles pour le walkman Sony qui pesait trois kilos cinq).
Toujours est-il qu'au sortir d'une écoute prolongée de "Who's next", j'attendais avec grande faim la suite des aventures de Townshend et de ses potes. Et d'entrée de jeu, ça frappait très fort : "The Real me" et ses power chords insolentes n'étaient pas sans rappeler la rage incroyable contenue dans "Won't get fooled again". C'est après ce titre que je me suis un peu demandé où le grand tarin de Pete voulait m'emmener : une longue pièce sans lyrics, bourrée de synthés et de violons, on était particulièrement loin de l'approche moonienne du rock le plus brutal... Alors oui, j'ai aimé, mais pas dans les proportions bibliques que j'escomptais. Durant les années qui suivirent ce premier contact somme toute mitigé avec la chose, je revenais vers le disque de temps en temps, ne sachant pas vraiment à quel moment le déclic allait avoir lieu, et surtout s'il allait avoir lieu un traître jour. Il est à noter que je ne me pose pas la question avec "Le Grand Amour" d'Obispo, et ce pour plusieurs raisons éminemment évidentes :  je ne l'ai jamais écouté ( c'est un principe, je préserve le peu de santé mentale qu'il me reste en n'écoutant jamais ce qui sort du cerveau d'Obispo), et étant donné le nombre pharaonique de bouses auditives que ce Polnareff de province a sorties durant sa glorieuse carrière, il serait pour le moins étonnant que l'Esprit Saint s'abatte subitement sur l'infime partie de sa conscience qu'il nomme "inspiration". Bref.
Les faits étaient clairs, limpides, voire inquiétants :  je ne comprenais pas ce que Townshend voulait précisemment dire avec son concept des quatre faces du vinyle pour quatre personnalités, j'avais un mal fou à suivre l'histoire tortueuse de ce Jimmy, paumé entre ses parents, son psy, ses potes, sa Vespa à rétros, etc... Je l'étais tout autant que lui. Et quand ça ne veut pas rentrer dans mon coeur, j'insiste pas, je laisse au repos et j'attends de voir. Je ne veux en aucun cas violer ma sensibilité. Ce serait moche. Même sous le prétexte que c'est un album de mes chers Who ( my FUCKIN' dear WHO !!!!!). So wait and see.

Et puis, un beau jour de 2013, j'apprends que les ancêtres viennent à Bercy pour y jouer l'intégralité de l'album en question. Il est tout à fait clair que je prends mes billets dans la seconde, et que je me mets en stand-by émotionnel en attendant ce fatidique 3 juillet 2013.
De toute façon, à cette époque tristement noire de ma chienne de vie, le stand-by émotionnel était une seconde nature chez moi ( Tonton Pilules, qu'on me surnommait).
Dire que la dépression ruinait ma tronche était fort peu par rapport à ce qui se tramait dans mon for intérieur. Je rassemblais tout de même mes forces pour atteindre le POPB ( avec des pilules plein les poches, pour garder un semblant de moral durant le show).

Je ne sais pas si l'on peut comparer cela à une révélation mystique à la con ou un truc du genre, mais je le jure sur l'âme de John Bonham : les deux heures qui ont suivi cette attente fébrile furent parmi les plus intenses que j'ai pu ressentir en live. Non pas parce que les Who ont cassé des guitares ou ont hurlé comme des chiens, ce ne fut, après tout, qu'un concert parmi d'autres sur la longue tournée consacrée à "Quadrophenia". Mais tout à l'intérieur de ma petite âme, c'était le Tetris parfait :  le monde entier s'emboîtait de manière diabolique. Mon cul flottait environ à dix centimètres au dessus des fauteuils rouges de Bercy : "Quadrophenia" me pénétrait littéralement, à la cosaque, prenait d'assaut l'entièreté de mon système émotionnel. Le concept devenait compréhensible comme un bouquin de la bibliothèque verte, les chansons se suivaient dans une logique précise, magistrale, et je me demandais, tout en ayant les yeux exorbités ( j'ai jamais eu les yeux exorbités au travail, c'est étrange, tout de même..), comment avais-je pu passer à côté de ce missile pendant plus de vingt ans. Et peu importe le scénario alambiqué à souhait qui sous-tend "Quadrophenia", on s'en cogne, finalement.  Ce Jimmy, coincé entre les mods et les rockeurs, c'est nous, tout simplement. Son parcours symbolique dépeint avec acuité notre rapport à la vie et aux autres. C'est d'une universalité étincelante et implacable. Ca monte en puissance tout au long de l'album, un vrai rouleau compresseur, mon pote. Comme un type qui prépare un burn-out, qui est en passe de faire une grosse bêtise, un quidam comme on en rencontre des millions dans les banlieues de Paris ou de Brighton. Nous. Vous. Moi. Torturés. Multiples. En quête. Seul l'amour peut régner sur nous. "Only love can reign o'er me"... J'en suis intimement convaincu.

Pour preuve supplémentaire de ma méprise criante quant à ce fabuleux disque, je n'avais quasiment jamais écouté "The Rock", pénultième pièce totalement instrumentale. "Oui, ça va, on a compris, zim boum, et vas-y que je te rebalance les 4 thèmes du disque, c'est bon, coco, refais nous un "Baba O'Riley" et arrête d'essayer de nous expliquer la vie, tu saoules".
Bon Dieu, en ce 3 juillet 2013, je ne l'ai pas exactement pris de cette façon : c'était l'aboutissement absolu, Jimmy comme moi nous nous retrouvions sur ce putain de rocher, face à la mer, et les alternatives ne se bousculaient plus. Soit on en finissait une bonne fois pour toutes ( miam, comme c'est tentant une jolie falaise), soit on prenait le parti définitif de rester dans la lutte bien vaine d'une vie absconce, même si la calanche nous attend avec appétit, même si l'on ne pourra plus écouter "Quadrophenia" lorsqu'on se fera bouffer les couilles et le reste au fond d'un cercueil, même si l'amour est une denrée volatile et à l'existence éphémère, genre arnaque du siècle pour laquelle on se fait saigner le bide tout en sachant qu'on finira de toutes façons comme des cons :  malheureux et seuls lorsque la belle dont est raide dingue aura foutu son camp.

Ce jour là, à l'écoute de "The Rock", les images défilant de concert sur l'écran géant de Bercy et dans mon esprit, je crois qu'un cadenas a cédé dans ma psyché, le plus simplement du monde. Je me suis tourné définitivement vers la vie, malgré les réticences que je nourris depuis mon plus jeune âge quant à cet immense absurdité. Les larmes ont coulé méchamment. Comme au "The Wall" de Waters, deux ans avant au même endroit, j'ai pleuré jusqu'à ce que ma réserve lacrymale soit à sec. Et je me suis rendu compte que j'aimais l'existence, moi, le dépressif qui se lève à reculons depuis des fuckin' years. Ben ouais, j'aime ça. Avec rage. A tel point que j'ai une trouille bleue de ne plus y avoir ma place un jour. J'exige une extra-ball, comme dans "Tommy", merde !!!!
Les mois ont passé ( savent faire que ça, ces cons, d'façon). J'explore depuis goulûment toutes les versions de "Quadrophenia" qui tombent entre mes pognes. Les arrangements de cuivre somptueux d'Entwistle, ses lignes de basse phénoménales ( écouter "The real me" au casque relève de l'orgasme), la beauté virginale qui émane de ce disque ne me quitte plus d'un poil de cul. "Quadrophenia" est mon allié. Jusqu'au bout du bout. Hé, ça compte, ce genre de trucs, sur le long chemin abrupt où l'on se trimballe tous.

Je n'oublierai bien évidemment pas de sitôt ce fameux "..Rock" où mon inconscient a de nouveau ouvert les vannes libératrices du soulagement spirituel. Ce fut magique. Un instant suspendu dans l'arène parisienne, un immense rush d'une plénitude et d'une pureté parfaites. Un vrai beau moment de rock'n'roll. Et il faut bien admettre que c'est hautement jouissif, les mecs. C'est pour cette raison que j'arpente depuis trente piges toutes les salles de concert qui se trouvent sur ma route : pour en pleurer tellement c'est bon. Ca ne marche pas à tous les coups. Loin de là. Lorsque je suis allé voir Airbourne à l'Olympia, j'attendais énormément de cette bande de furieux australiens. Le résultat a été catégorique, net, radical : zéro, aucune émotion, des postures rock  à la con, des pieds sur les retours, des cris de crétins stupidement avinés, des gesticulations de pantins surexcités, des bières qu'on s'explose sur la tronche ( putain de Dieu le cliché à la noix....), mais strictement rien qui ne vienne sonner l'alarme du côté de mes yeux. En revanche, un vieillard usé et bedonnant nommé Peter Dennis Blanford Townshend, en juin 2013 sur la planète Terre, m'a juste redonné l'envie de continuer à vivre, pour sa part.
Trois fois rien, quoi....
Non, Quatre fois rien, plutôt.


https://www.youtube.com/watch?v=A4D1rsQ_apc

https://www.youtube.com/watch?v=AGxFvswt2hM

lundi 27 avril 2015

Salutaires finitions





Tout est bien, tout est bord cadre, tout est allumé
J'ai ma tête des jours déments, des grandes heures sauvages
La soupe maudite croupit dans un informel grès
Et je salive à la pitance du complet barge.

J'ai croyance en l'éternelle forclusion des âmes
En la doucereuse repentance des éperdus
A trop donner de soi, on fossoie son sésame
On ensevelit l'espoir, on songe au pendu.

La gerçure du glabre, l'incestueux manège des fous
A fait de moi un rampant, une cohorte minable
Je traîne ma vie comme on me pousse à la grand roue
Là, Il n'y a personne d'autre, je suis mon propre diable.

Damné à l'exil, en direction du perchoir
Sous la fourche, sous la trille, sous le couvercle fermé
J'apprête mes habits pour traverser le miroir
J'attends de cette guerre qu'elle me dévaste en fumier.

Tout marche par cycles, tout est métempsychose bleutée
Du petit enzyme je repars vers le guignol
Je m'administre la basse fermeture, je me tais
Je me revisse les dix huit clous à la chignolle.

Quoi, la prochaine, la suivante, la toute neuve, la next?
Une éventuelle créature qui remplacerait?
Un ersatz, un goût amer, un tout récent texte?
Une pâle copie de l'ancien festin, imparfait?

Non merci, nous préférons le futur à cru
C'est dans la jouissance du hasard que tout se tient
Le loisir de découvrir d'infinies blanches rues
Dans l'inneffable splendeur du labyrinthe humain.

Alors la course va se poursuivre en dents de scie
Je n'ai nulle peur du trépas, du sang, de la fièvre
J'ai l'orée d'un monde nouveau à ma seule merci
Je vais faire de mon supplice un travail d'orfèvre.