samedi 1 mai 2010

Walkin' with a 12cm friend

Certaines périodes de l'existence sont marquées profondément par l'écoute incessante d'un album. De ces disques qui marquent la gueule de manière indélébile. Qui font que quinze piges plus tard, en retombant dessus, on se dit: putain, ouais, c'était vraiment le skeud de cette époque, j'étais dans tel état d'esprit, j'habitais là, et j'écoutais ça, souvent, souvent, il passait deux ou trois fois par jour. "The head on the door", des Cure, fut le compagnon de mes 14 ans, collégien spleené et transi d'amour devant les complaintes smithiennes. "Quadrophenia" m'a aidé à supporter un exil dijonnais, loin de mon amoureuse de l'époque. Etc...
Lorsque, par un concours de circonstances, il me fut donnée l'occasion de découvrir l'album de Sylvia, celui-ci devint un aide de camp précieux, un viaduc robuste pour m'aider à traverser l'année 2009. J'étais pas forcément heureux heureux en 2009, je créchais en Seine-et-Marne, loin de ma tribu, et les soirées dans mon studio merdique étaient longues, inutiles, et pesantes. Le disque rouge m'a sauvé, point à la ligne. Il m'a parlé doucement, me remontant régulièrement les épaules pour que j'ai pas trop l'air abattu dans mon quotidien. C'est inestimable comme apport humain. A ce jour, je ne sais toujours pas réelement pourquoi ces douze chansons m'ont tellement touché. Et, à vrai dire, je m'en secoue un peu les parties génitales. Je n'ai pas envie d'intellectualiser le lien qui m'unit à ce disque, chercher un quelconque côté fémina dans mon inconscient, qui m'aurait fait appréhender au mieux les chansons de la demoiselle. Quand on prend un album de rock dans la tronche, il peut bien avoir été écrit par un colosse de 112 kilos, ou par une jeune femme aux proportions nettement plus mesurées, seul l'effet final importe, c'est uniquement l'impact sur la vie émotionnelle de l'auditeur qui sera pris en compte pour l'attribution du titre de gloire. Ca commence donc avec "Welcome to a new town", très courte chanson, il m'arrive de l'écouter une dizaine de fois à la suite, petite entité super addictive, elle m'évoque immanquablement l'adolescence, un sentiment à la fois de mal être et de liberté, l'envie de se mettre les cheveux en pétard et du khôl tout autour des yeux, histoire que ça dégouline bien. Dans la catégorie "hate songs", excessivement salvatrices, je cite volontiers "17.30 underground", ça cause de suicide, c'est malsain et noir, mais ça colle une foutue envie d'emmancher des pains dans l'avenir proche, pour montrer que malgré un genou à terre, on a la velléité de cracher sur les cons, et ce jusqu'à nouvel ordre. Dans le même genre de fucking fighting spirit, j'aime énormément "Nicely stupid", dézinguage en règle des pétasses qui se ruent sexuellement sur les musicos en faisant à peine la différence entre un mi bémol et une mesure à 4 temps. Plus généralement, la chanson me fait penser à tous les pignoufs qui se croient in the mood for rock, alors qu'ils écoutent des daubes infâmes. Je ne prétends pas pour ma part être ou ne pas être rock, je m'en branle, et je ne fais pas chier mon monde avec ça. Sylvia H a pondu un album rock'n'roll, avec de la douleur et des gueules de bois, des histoires d'amour qui foirent, une vie à lutter et des briquets qui marchent plus à trois plombes du matin. Elle ne s'est pas levée un beau jour en se disant, l'air résolu: "Bon, il faut que j'écrive un vrai album avec du rock à l'intérieur". Elle l'a fait, point barre. Toutefois, les qualités phénoménales du disque ne s'expriment pas que dans les chansons rentre-dedans précitées. Il y a un chapelet de plages plus apaisées, de "Salt and wine" à "Ending music", guitare, voix (au pluriel), super bons arrangements, qui me transpercent le bide et en vident l'intérieur sur le carrelage quand je les écoute. Merde, "Ending music", la fin au xylophone, toute l'ambiance nostalgique et la musique belle à tomber, ça me met en paix avec mes chagrins d'amour (et y a du boulôt). Quant à "Memory", que j'écoute souvent en enfilade avec "Nationale 3", c'est de la dope sonore, je m'envoie ça au petit matin, pour partir bosser, en parallèle avec le starter automatique de mon vieux diesel.
Alors, après, messieurs les jurés, on est en droit de se poser la question: y a-t-il des influences manifestes, tout ça, la dame aime-t-elle beaucoup Kim Deal, etc? Putain, mais qu'est ce qu'on en a à carrer? Le nombre d'albums qu'il a fallu que j'écoute trois fois pour savoir si j'aimais bien ou pas, alors là, oui, merde, parlons-en. La musique que l'on dit bonne s'apprécie dans une sorte d'immédiateté brusque et puissante, on va pas se tâter dix plombes. Dès que j'ai entendu les chansons de Sylvia H, je les ai aimées, je les aime toujours, et leur évidente grace n'a pas pris 300 bornes de chemins détournés pour s'adresser à moi. C'est bon ou c'est pas bon. "The old drunk song", qui referme le disque, ça traduit formidablement bien les états de fins de soirées, où l'on peut se retrouver seul avec son verre et sa clop, et où la seule pensée structurée qui se fait jour est "Allez tous vous faire mettre". D'ailleurs, l'oeuvre toute entière dit à tout le monde d'aller se faire foutre. C'est, selon mes critères d'appréciation très personnels, l'apanage d'un grand album. Eclater à la face de l'univers en réalisant de multiples doigts d'honneurs, c'est tout ce que je lui demande, à ce putain de disque.
Le "Does not sing christmas" a ainsi accompagné cette trouble année 2009, il a tourné dans la bagnole, lors des trajets Nevers-Melun, il a gueulé sa hargne à mon job aussi, certaines collègues trouvant alors "Love song" très mignonne, avec sa mélodie douce-amère qui joue à la poupée. Je riais sardoniquement en songeant avec bonheur que la chanson en question parle d'un meurtre finement prémédité. Bingo !!! Aujourd'hui, il y a eu amélioration de ma situation générale, la géographie des mutations a été clémente avec moi, j'ai retrouvé mon trou du cul du monde, où y a mes potes, mes habitudes, et ma sale gueule qui n'aime toujours pas se lever pour affronter le travail. Mais j'écoute toujours le disque à la pochette étrange, avec ses mélopées acides, ses deux bottes dans la gueule de qui n'en veut, et ses putains de bons textes. Il est dans la clé USB de la bagnole, et ses chansons font surface quelquefois, entre Dylan, les Who, et elles y ont leur place, parce qu'elles me sont chères.
Je connais très légèrement, mais vraiment très légèrement Sylvia, par le biais d'internet, mais j'ai la fatuité de penser que l'on se respecte. J'aimerais bien qu'elle torche un deuxième album, nom de Dieu. Dans le cas où j'ai de nouveau un coup de déprime, quoi.

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