dimanche 13 février 2011

An acre is the area of a rectangle whose length is one furlong and whose width is one chain.


Emerger. Remonter à la surface des choses. Pourrir le réveil d'insultes, même si on l'a programmé avec l'intro de "Time", de Pink Floyd. Checker les news sur iTélé, pendant une minute ou deux (on sait jamais, si McCartney est mort dans la nuit, il me faut un costard noir de rigueur). Traîner la patte jusqu'à la cuisine, micro-ondes, café, fruit. Douche. Aller voir le PC. La nuit, il tourne, il télécharge des concerts en vidéo, des trucs que j'ai envie de découvrir, ou des rips de vhs que j'avais avant et que je veux revisiter avec nostalgie ( Nostalgie, c'est pas la radio que j'écoute, c'est ma façon de vivre). J'ai ainsi retrouvé la toute première cassette que j'ai eu dans ma vie: un film de deux heures qui s'appelait "The Compleat Beatles", reportage génial sorti en 82 et que j'ai vu 600 fois à peu près. Le PC, donc. Jeter un oeil aux téléchargements, essayer d'en voir des aperçus et se réjouir grandement, parce que ce soir, normalement, en sortant du bureau, il sera arrivé ce putain de concert, par la magie des tuyaus zélectroniques. Se dire qu'on emmerde les majors.
Bagnole, clé USB introduire, sa gueule dans le rétro regarder, pas brillant tout ça, le fils naturel de Keith Richards et de Janis Joplin, les affreux sillons de la quarantaine qui se pointent déjà alors qu'on n'a atteint seulement que le très respectable âge de 39 ans. S'accrocher à 39, et se dire que cette dernière année de trentenoeud se doit d'être belle, bordel, qu'on l'exige sinon on se fait rembourser par la providence, la loi Scrivener du destin est là pour nous protéger, oui ou merde? Clé, démarreur, contact, une pensée pour l'ex femme de ma vie, qui doit lever ses moutards à cette heure, et puis se promettre de ne plus y penser aujourd'hui. Serment de dentiste, oui.
L'USB en question, elle fait 32 gigas, je suis pas trop emmerdé, il y a 6000 ou 7000 chansons, j'ai de quoi bouffer amplement. Essayer, dans un élan pré-Alzheimer pathétique, de se remémorer sur quel morceau on a coupé le moteur hier soir. Des fois, je trouve.
La route, quelques cigarettes, la musique, une heure à peu près. Arriver au taf, se jeter sur la cafetière comme un Sid Vicious sur de la morphine pharmaceutique très pure, et préparer le jus pour le bureau, à ma façon, comme j'aime, avec du goût et des burnes.
Allumer l'ordinateur du boulot, et regarder tout de suite la rubrique culture de l'AFP, ben oui quoi, si Led Zep se reforme je veux être sur l'affaire, au courant dans la seconde, merde. Constater avec un désenchantement sans cesse renouvelé que cette grande connasse de Robert Plant fait encore sa chieuse, qu'il attend visiblement d'atteindre l'hospice pour refaire un tour de piste avec le seul type qui se marie convenablement à sa voix céleste: Page, et encore Page. Merde.
Choisir son premier fond d'écran; il y en aura environ cinq ou six dans la journée, ça me donne l'impression de mener une vie trépidante. En général, je prépare le fond d'écran en fonction du premier disque que je vais écouter en bossant. Parce que, si dans la bagnole il y a 32 gigas, au travail il y en a encore autant, des gigas, beaucoup, partout, dans tous les recoins du Hewlett Packard, ça dégueule, même que mes collègues me demandent souvent comment j'arrive à supporter d'écouter de la musique toute la journée. Il faut bien savoir que c'est pas une sentence que je m'inflige, hein: c'est ma vie, c'est le pourquoi de ma présence ici bas, c'est mon karma, mon chemin de traverse, ma façon d'avancer. A coups de skeuds dans la gueule. Je n'ai rien trouvé d'autre. Je n'ai besoin de rien d'autre. Je cherche la paix de mon monde. Ca paraît simple, merde.
Le travail commence, j'ai harmonisé la photo qui orne le PC avec le disque en cours ( des fois, y a Iggy Pop qui montre sa queue en JPEG alors que je m'envoie "Raw Power", j'aime bien, on doit me prendre pour un homo, tant mieux, ça occupe les faibles esprits aux alentours), et la matinée se traîne comme une vieille limace. J'ai le temps d'écouter trois ou quatre albums. Parfois, je suspends le temps, mes occupations professionnelles se figent, parce que je me pose une question cruciale, mon esprit se trouble à cause d'une interrogation hautement importante: bon Dieu, qui a produit "Who's next", déjà? Est-ce que Snowy White fait des parties de guitare sur "Animals" ou était il juste présent en renfort sur la tournée? George Martin joue du clavecin sur "In my life"? Pour libérer mon corps de ces questions insoutenables, je wikipédise le truc, et puis ça va mieux, du coup, je continue à bosser comme un robot soumis. Tu parles, mon cul, le robot. Midi arrive et j'ai déjà voyagé en homme libre dans la galaxie de la musique, j'ai bouffé de la supernova de guitares et des chorus en cascade, putain j'suis pas un robot, je vibre tout plein, l'intégralité de mon être est tourné vers la captation des émotions, et j'ai encore appris une masse de trucs sur le rock des sixties-seventies, hé hé...
Repas, Iphone, et visite sur des blogs qui parlent de musique, qui donnent des infos sur les concerts à venir, un léger détour par le site du NME pour vérifier les dernières conneries des rosbeefs. L'après-midi s'avance, majestueux, son empreinte sublime va marquer les esprits, c'est sûr, un après-midi de travail c'est particulièrement noble, ça se respecte. J'enchaîne avec d'autres disques, mon cerveau est parfaitement dissocié, une partie possède un pilote automatique performant qui accomplit les taches de mon labeur quotidien, tandis que l'autre partie scindée se promène au bras de Jimi Hendrix, lui posant mille et une questions, tentant de percer le mystère de la version slight return de "Voodoo Child", que l'on vient d'écouter et qui a causé un grand émoi de type négatif chez les personnes de sexe féminin qui ont l'honneur de suer dans le même bureau que moi. Et puis, comme même les meilleures choses ont une fin, surtout les meilleures ai-je eu tendance à remarquer depuis le début de la vie, la journée de boulot s'achève. J'ai réussi à emmagasiner un maximum d'informations nouvelles sur le ouaque'n'wouole, j'ai encore bourré le disque dur comme un veau, c'est pas bien grave, quand ça pètera là haut, ça pètera, tout ceci ne me concerne pas.
Voiture, trajet, USB, musique. Mon PC m'attend, il a bien bossé, j'ai des concerts à voir, tout est parfait, et les huit plombes que je viens de paumer au taf ne l'ont pas été totalement, voyons. Il y a de l'espoir. Non, je déconne, c'était pour de rire.
La soirée se passe, je gratouille ma guitare avec un art savant et délicat de la mise en ruines de grands standards de Bob Dylan ou John Lennon, en matant du live avec un oeil sur facebook, il arrive que je passe un coup de fil à un ami, comme chez Foucault, mais ce n'est pas d'une nécessité absolue, je suis leur vie par informatique, on appelle tout ça le progrès. Il y a quelques années, on passait des soirées l'un chez l'autre, des soirées violentes des fois, et on allait au turbin le lendemain. Mais tout passe, tout change, tout dégringole, tout se délite, m'sieurs dames, ouèche c'est ton destin.
Il y a un moment, forcément, je vais au pieu, car une journée exaltante est sur le feu, elle se concocte, je la sens frémir, demain sera sublime, c'est une certitude flagrante, une vérité éclatante qui va inonder ma vie brutalement.
Vaincu, j'adresse une dernière prière à John Bonham pour que Page et Plant retravaillent sérieusement ensemble, et je m'endors.
A ce jour, personne ne sait réellement si je suis réveillé, durant la journée qui suit la précédente.
Toute cette merde n'est juste qu'un rêve qui se jette d'une falaise.

5 commentaires:

  1. D'abord, peux-tu STP décrypter le titre ? Je suis sec.
    Si tu mets un costard, j'imagine bien que l'heure est grave.
    Te souviens tu du Noël 1983 ou 1984, les Enfants du Rock avaient diffusé deux spéciales Beatles avec émissions + concert au Shea Stadium + dessin animé Yellow Submarine ? Je m'étais acheté 2 K7 vidéo vierges de bonne qualité sur mes fonds propres pour l'évènement, et j'avais cassé la protection anti-enregistrement après pour être sûr qu'un con n'allait pas enregistrer une merde à la place. C'est du vécu, j'avais enregistré une émission sur Michael Jackson (eh ben ouais !) en 1983, et mon père avait enregistré un match de foot dessus, le drame !
    As-tu vraiment mis au boulot une photo de l'iguane avec le skeg à l'air ? Mon Dieu !
    En quoi déranges-tu les gonzesses de ton burlingue quand tu écoutes Hendrix ?

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  2. Pour le titre, ça vient de Pink Floyd, je te laisse chercher, tu n'as qu'à le googliser ça ira tout seul.
    Je me souviens de cette spéciale Beatles, pas de scope chez moi à l'époque, j'ai tout enquillé en direct devant la téloche, c'était magique.
    Pour Iggy la bite à l'air, oui, je l'ai fait, c'est une photo où il est super jeune, avec un air de défi si caractéristique à la bête. Il a le bras droit replié dans le dos. Nice shot.
    Alors, quand j'écoute Hendrix, si tu veux, ça colle pas vraiment avec les playlists habituelles de mes collègues immédiates, qui sont plus orientées Marc Lavoine et Florent Pagny. Forcément, "And the gods made love", ça colle un groove psychédélique au bureau, ça fait valser les additions et envisager la compta sous un angle lysergique.

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  3. Tu veux dire qu'au boulot tu écoutes toute la journée avec les HP et sans le casque ?

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  4. Ben ouais. Y en a même qui ont essayé de me faire baisser le volume. Y sont morts de mes mains.

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  5. Pauvres collègues !
    Alain Bornet me racontait quand tu écoutais la musique à longueur de temps pendant votre coloc. Il essayait de se con - centrer sur les maths et la physique, mais il avait vraiment du mal ...

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