mercredi 20 mai 2020

Eagle Dad's Still In Da Place



Papa, mon Papa chéri, cette année je n'ai pas voulu écrire sur toi le jour "anniversaire" de ta mort. Parce que tu aimais trop la vie pour qu'on se fasse chier avec ces conneries de dates.



C'est tous les jours que je pense avec un amour infini à toi.



Tous les jours je me souviens de nos fous rires sans fin dans le sous-sol de la maison où j'ai grandi. On se tapait des barres en duo juste avant que je rentre chez moi, les soirs où je venais dîner avec vous. Tu étais drôle, tendre, beau, pur. Tu me refilais un peu de pognon sans le dire à Maman, les fois où j'étais ric-rac.

Un Juste. Un Grand. Un Aigle. Mon Père.



Je me souviens que j'ai rencontré ton comptable 3 semaines après ta mort, un type austère qui venait une fois par an dans ton magasin pour faire tes comptes. Il disait jamais rien. Il avait l'air froid comme un congélo le keum. On se demandait s'il ressentait des sentiments humains tellement il ressemblait tà une machine à calculer. Eh bien ce jour là, il s'est approché de moi et m'a juste dit : "C'était quelqu'un que j'aimais beaucoup, votre père". Et toutes les personnes que je croise où que j'ai croisées, me disent la même chose à chaque fois  depuis 15 ans : "Ahhh, Daniel, Monsieur Brérard, qu'est ce qu'il était gentil".

Je n'entends que ça.

Il faut que tu saches que tu as laissé des bonnes vibrations partout où tu es passé.



Je me souviens que tu as failli casser la gueule d'un vigile au Salon du Jouet parce que le mec ne voulait pas laisser rentrer un môme de 8 ans dans le paradis des Playmobil et des Lego. Le type nous avait suivi pendant trois heures dans les allées de cette grande halle parisienne, et toi tu m'as laissé rêver devant ces putains de milliers de merveilles, en toisant l'autre abruti avec l'air coriace. "Touche à mon môme et j't'explose". J'avais Superman-Dad qui veillait sur mes chimères de gosse. T'étais mon héros invincible.



Je me souviens de centaines d'heures de bonheur intense.

Des jours, des années, des décennies.

Trois tomes de 1500 pages chacun ne suffiraient pas à expliciter avec précision ce que tu m'as apporté et ce que nous avons partagé ensemble. Le jazz sous toutes ses formes, le goût immodéré pour les jolies femmes, un appétit féroce pour les Marlboro Lights et le rosbeef saignant, la joie de voir des cons interstellaires parler devant nous et d'échanger un regard complice sans avoir besoin de piper mot pour se comprendre, etc.......

Ceci dit, ne t'inquiète pas, j'ai tout gardé dans mon disque dur interne, là haut, dans ce putain de ciboulot qui déconne depuis des lustres.



Je t'ai perdu alors que j'avais 33 ans.

Tu sais, je n'ai pas ta joie, et je m'en veux, parce que ce serait un vache de bel hommage que d'essayer de rayonner un peu ici bas, alors que toi tu n'a plus la chance d'arpenter cette foutue planète.

J'ai souvent honte d'être un inadapté chronique, alors que toi tu aimais tant le contact humain, les gens, les fêtes, la simplicité de vivre et d'en profiter.

Tu savais goûter au plaisir sans te compliquer la tronche.

Tu avais raison, Papa. Sur toute la ligne.



Ton gamin n'est qu'un triste sire.

Un clown blanc déglingué.

Et si je suis resté sur cette planète après ton départ, c'est parce que ton amour m'a tellement irradié qu'il me pousse encore au cul.

Je ne veux pas que tu te dises que j'ai renoncé.

J'ai failli abdiquer de nombreuses fois. 

Parce que j'y arrive pas, Papa.

J'y arrive pas.

Mais j'suis encore là.

Vaille que vaille.

Pas brillant mais là.



Et comme le dit Bertrand Blier à la toute fin des "Acteurs" :

"Bien sûr que je pense à toi, Papa. Tous les jours j'pense à toi.

Et j'vais même te dire un truc : plus les jours passent et plus tu me manques".



Miss u, Daddy.

Love from your son.

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