dimanche 20 mars 2011

I had dinner with a rock star


L'autre soir, j'ai partagé un repas avec Maxence. Ca faisait longtemps que je voulais le tenir pas trop loin de ma gueule pour lui poser deux ou trois questions essentielles, histoire de checker ce qu'il est vraiment, même si j'avais de fortes présomptions quant au fait que ce type a le double avantage d'être quelqu'un de bien et d'être une putain de rockstar dans le même temps.
Il faut bien l'admettre: lorsque le gars en question débarque dans un lieu public, que ce soit un bureau de poste ou un restaurant, une salle de concert ou un Franprix, il met en jeu des énergies que le commun des mortels de base ne peut appréhender, vu qu'il est commun et mortel ( à la base, donc). Max, lui, déplace des forces non quantifiables pour un esprit humain. Peut-être même qu'il n'a pas tout à fait conscience qu'il véhicule ce genre de fluides, qu'il bouscule le magma en permanence, qu'il modifie le taux de saturation de l'air à volonté. Tout ceci porte un nom: le charisme. La présence, quoi, le putain de magnétisme. Des types comme Robert Plant ou Keith Richards produisent aussi cette étrange réaction chimique sur une assemblée: cela en devient un phénomène scientifique particulièrement intéressant à observer. Si l'on posait par exemple la grande carcasse de Max sur un radeau de survie au milieu du Pacifique, les sauveteurs n'auraient aucun mal à le trouver: il émane de sa physiologie propre une telle puissance que ce serait ridiculement facile de le localiser. Et c'est bien ce qu'on attend d'une rockstar, au sens premier du terme ( pas dans sa définition galvaudée par des substituts édulcorés poussés dans les bacs à disques par des directeurs artistiques mercantiles et dépourvus d'odorat musical) : qu'elle attire la lumière, qu'elle focalise les items sur son enveloppe charnelle, et accessoirement qu'elle soit à même de flanquer un auditoire par terre en hurlant des chansons sur scène. Max fait ça très bien, on dirait même que son parcours terrestre ne prend sens que lorsqu'il attrape un micro, que ce jeune adulte est génétiquement programmé pour tenir un public en respect.
Car il m'est avis que le Jacob, tout comme certaines personnes sont faites pour être flics, instits, infirmières, ou chercheurs en physique quantique, est pour sa part conçu pour vivre et évoluer en live. Que le biotope adapté à son développement et favorisant sa croissance se compose d'un plancher, de guitares en fusion et d'amplis sur-saturés. C'est l'évidence. Ce mec est fait pour le rock. LE PUTAIN DE ROCK.
Alors, bien évidemment, l'ayant à mes côtés pour croquer un morceau du côté de Bastille, j'ai pratiqué sur lui la mini-série de questions qui devaient révéler à mon sens le véritable engagement sacerdotal du musicien, l'intime vérité des nobles ambitions du frontman de Moonflower. J'y suis allé piano, par petites touches, au cours du repas, en demandant par exemple: "Quel est le moment que tu préfères dans le processus artistique?". Réponse du gars: "La composition. Rien n'est plus intense que ces instants où l'on se retrouve assis en cercle, où les idées jaillissent et les chansons prennent vie". Tu m'étonnes, hombre. Des séances de travail de John et Paul, eux aussi face à face, bouillants de fièvre créatrice, aux légendaires working sessions de Mick et Keith, tout est là, ni plus ni moins. L'essence de la musique, cette élaboration d'outre terre qui engendre les chansons, le torrent de riffs qui déboule comme si on perdait les eaux, ces heures bestiales et chamaniques où l'on accouche des notes, c'est divin, c'est du très haut on earth. Et si Max m'avait dit que ce qu'il préférait par dessus tout était le regard énamouré des pisseuses massées devant la scène, j'aurais illico replongé mon regard dans ma salade mexicaine en me disant que le type n'était vraiment pas à la hauteur requise pour connaître les edens immaculés des plus grandes sensations rock'n'rolliennes. Mais non, gars, il a eu bon à tous mes questionnements très subjectifs, il a confirmé le bien que je pensais de ses prestations en concert, et il a fait montre d'un sens de l'amitié indéboulonnable envers les autres membres du gang. Leur histoire a du poids, maintenant, ils ont un vécu commun, des expériences puissantes et des kilomètres dans les pattes, c'est un groupe, un putain de groupe avec des doutes, de l'envie, de la passion en stock et des projets d'équarissage du public, des pulsions de folie furieuse à l'encontre de toutes les scènes qui les accueilleront. Et Max est le premier pourvoyeur de cette rage, le catalyseur nécessaire de cette alchimie hystérique. On connaît tous les clichés de la rock'n'roll way of life: vivre à Mach 2, être en burn au maximum, être en alerte même quand on pionce, vibrer à l'unisson des choses de la vie, au plus près, serrer le vent comme on dit, naviguer à l'instinct, kick out the jams, etc... Merde, tout est vrai, bordel, et tant mieux.
La modeste conclusion de mon expérience laborantine sur la personne de Maxence Jacob est la suivante : c'est un grand couillu qui a décidé d'attraper son destin à la gorge, de le forcer à s'agenouiller pour lui dire: "Ecoute moi bien, on va par là, que les choses soient claires, c'est moi et moi seul qui fixe les objectifs de l'existence, les destinations futures et la manière d'y parvenir. Dig it". De la race de ceux qui sont calibrés pour avoir le moins de contacts possibles avec l'habituel, la routine, le train-train des choses, la vérole de la vie normale. Sa vie normale, c'est la musique, jouer en studio, jouer sur scène, jouer jusqu'au trépas et un peu après aussi, écouter des disques comme on savoure un Chateau d'Yquem, et envoyer la planète se faire foutre. Ce type est de ma tribu, indéniablement.
De facto, même si je ne fais pas partie du premier cercle des proches de Max, je suis simplement heureux de le connaître, d'avoir la possibilité de voir ce mec briller dans ma galaxie personnelle, de le voir évoluer sur le long way to the top, parce que, sincèrement, on se fait horriblement chier avec les gens ordinaires. Ô grand jamais avec les rockstars. Dieu vomit les tièdes.... Dont acte.

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