dimanche 22 mai 2011

Too Jung to die


C'est singulier comme la tenue d'un blog affecte l'existence d'un humain. Avant, ma vie était tellement simple. D'une limpidité éclatante. Maintenant, j'ai toujours, comme on dit communément, un "truc sur le feu". Il y a en permanence deux ou trois sujets qui fermentent là haut, dans la machine à fabriquer du stress, dans cette putain de cafetière qu'il serait si doux de débrancher pour faire des pauses lobotomisantes. Ces quelques pistes de réflexion qui donneront naissance aux futurs chefs d'oeuvre que vous avez l'insigne honneur de lire ici, je les travaille, je les malaxe à longueur de journée, elles se font la course même, certaines grimpent subitement dans le hit-parade des choses que j'ai violemment envie d'exprimer, ou au contraire tombent d'un seul coup dans l'oubli avoué ou inconscient, et ne verront jamais la couleur de l'endroit où que c'est nulle part, d'après l'auteur. Bon, en tous les cas, faut pas se raconter d'histoires, c'est très agréable de ruminer des trucs, de triturer des idées, d'y apporter des petites additifs de vie qui semblent insignifiants au premier abord mais qui prennent soudainement sens, comme un regard chopé ou un moment furtif de plénitude, d'avoir la noble volonté de sortir des trucs intimes de soi, des pertubations de l'humeur qui m'ont rendu souriant, ou patraque, mais qui ont eu le grand mérite de faire affluer le sang.
Je me dis souvent que les créateurs, les vrais, pas les branleurs de void de mon type, vivent comme ça, se nourrissent de leur quotidien, phagocytent les événements sans répit pour les apporter au moulin de leur oeuvre, et qu'au final ça a une sacrée gueule, cette démarche. C'est bath.
Quoi qu'il en soit, après des mois d'écriture ( et d'autocélébration déguisée en rabaissement permanent de ma personne), le fait d'avoir ouvert cet espace à mon esprit est une réelle joie, et satisfait des velléités créatives qui ont toujours titillé mon si cher et tendre ego. Seulement voilà, tout à l'heure, en attrapant ma guitare pour la gratter ( car elle me démangeait comme dit l'autre), je me suis fait la réflexion suivante comme un constat d'échec avéré: je donne beaucoup de moi dans ces lignes, la satisfaction qui en découle est évidente, il m'arrive même d'être content après avoir torché un post, ou en tout cas ( et c'est déjà énorme) de me sentir soulagé, vidé, à sec, abruti. Mais ces minuscules pulsions pseudo-artistiques ne constituent pas, et ne sauraient jamais être ce pour quoi j'ai toujours existé, vibré, respiré, c'est à dire écrire de la musique. Ben voilà: il y a blocage, docteur. Pas facile de dénouer tout ceci... Il n'empêche: j'en ai joué beaucoup, de la musique, écouté encore plus, mais toujours, au moment où je me lance à travailler sur un riff qui me sied, une suite d'accords au piano que je trouve accrocheuse, je ne pousse pas, je refuse le combat, je dépose la gratte, referme le clavier, et me consacre à des activités essentielles, comme gauler des pirates de Led Zeppelin ou trouver un futur concert où foutre mes guêtres. Tout ce foutoir m'amène à des réflexions pour le moins simples mais non dénuées de fondement: soit je suis une irrépressible feignasse, soit j'ai une peur paralysante de ne pouvoir affronter le fait de pondre un truc moyen, chiant, insipide, soit j'ai la crainte de prendre tellement goût à la composition que je ne ferai plus que ça, laissant ma barbe dégouliner et mon compte en banque péricliter, soit je suis juste une tête de con de plus dans l'immense magma humain ( je l'aime bien, celle-ci, comme proposition).
Ces quatre assertions ont l'immense avantage de pouvoir se révéler justes, isolément ou ensemble, par groupes de deux ou plus, en réunion, en association, elles peuvent copuler puis se séparer, refléter la vérité d'un moment et dégringoler dans la minute suivante... Mazette.
Toujours est-il que ça me travaille drôlement, ces machins à la noix. Mais toujours est-il que je vais tout de même tenter de forcer les choses dans les mois et années ( s'il y a années) qui viennent, d'appuyer un petit coup sur le champignon du destin, parce que si je n'essaye pas vraiment, si je n'y vais pas, ça m'empêchera à coup sûr d'avoir une mort paisible, déjà que ça fait bien chier ma vie. Ce qui est sûr de chez sûr, c'est que ce putain d'inconscient trouve toujours son chemin pour dire ce qu'il a à dire, dans les rêves, les mots, ou le fait d'écrire un post. J'étais tout de même parti aujourd'hui avec l'intention définitive de décrire par le menu tout ce que notre rapport à la musique peut révéler de nous, psychanalytiquement, de quelle façon les concerts et les vénérations vouées aux artistes peuvent s'apparenter à des désirs de dominations, limite fachisants, bref tout un tintouin du genre "La musique expliquée aux parents qui achètent Psychologie Magazine", le tout écrit par un crétin qui se prend pour Neil Jung, etc, et puis voilà voilà: je m'y suis jeté comme j'aime m'y jeter, en commençant à taper la première connerie qui passait dans mon cerveau ( y a le choix!!), et en laissant les choses dérouler leur petit bonhomme de chemin. D'ailleurs, en route, mon esprit batifolait tellement que j'ai eu soudain envie de parler des moments exquis, parfaits, purs et beaux, que j'ai partagés avec Mademoiselle N, lorsque nous prenions la voiture le dimanche après-midi pour aller écouter de la musique au bord de l'océan atlantique. On avait notre spot, notre endroit fétiche, pas très loin de Pornic et du bonheur, nos habitudes enfumées, et une paire de chansons adaptées aux circonstances: la "1983" de Jimi Hendrix, couplée à sa jumelle "Moon, turn the tides...", que nous prenions un malin plaisir à déguster dans la foulée et plusieurs fois de suite. Nous aimions les dimanches d'hiver, quand la saison est basse et les touristes absents, avec cette putain de lumière blanche magnifique et cafardeuse. Tout autant que nous goûtions les gros dimanches de chaleur, pesants et mastodontesques, magnifiés par la musique du vieux Jimi qui lézardait avec nous, certains jours exceptionnels. J'ai vécu cela. Et rien que de l'écrire m'agite de spasmes.
Il me faudrait à vrai dire beaucoup, beaucoup de phrases, de précision, une méticulosité infinie pour décrire cette perfection pratiquement impossible à reconstituer en laboratoire mental.
A moins de la foutre en musique, nom de Dieu.

5 commentaires:

  1. Vas-tu prendre de grandes résolutions à la quarantaine et t'y mettre vraiment ?

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  2. Bien sûr que non. Heureusement que non...

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  3. Enfin, la musique, oui. La prudence, non.

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  4. Je voulais dire "t'y mettre vraiment à faire de la musique" ?

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  5. On va essayer, avec les modestes moyens du bord.

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