samedi 21 avril 2012

Ground Control to Major John: Tonal et Nagual synchronisés.



C'est bon? C'est ce que tu voulais, non? Tu t'approches donc de ta vérité, à grosses foulées, y a tellement de bruit, putain, on s'entend plus respirer, ni haleter, c'est du speed en concentré, et fais pas chier avec ta fatigue, elle participe de l'oeuvre au noir, elle en est un des aspects, et pas des moindres. Pour tout le reste: pas le temps. Pas vraiment le temps. D'analyser le brutal, de poser une réflexion sur l'avalanche. Il faudrait ralentir pour cela. Et ce n'est pas précisément à l'ordre de mes jours. C'est cavalcade et rush sur la check-list, le leitmotiv du moment. Quel bonheur, putain. J'ai deux heures devant moi, ça n'est pas arrivé depuis, quoi, plus de deux mois, et quand bien même? Mais merde, putain de merde, je m'en cogne. Faculté de ne pas être concerné, de goûter aux vertiges en fourrant toute sa sainte gueule dedans, jusqu'à l'apoplexie concrète, et après nous, le déluge, en grandes pompes si possible. Je navigue à vue, même pas aux instruments, je fais le point au feeling, je fixe mon cap en humant les étoiles, jetant des regards furtifs alentour, tranquille, empreint d'une sérénité matinée d'un blast des organes permanent : j'en rêvais. Je savoure. J'apprivoise l'occulte, je fais fi de la pénurie des oracles, j'engrange, je renifle, j'encaisse, j'emmagasine, je visite l'inconcevable, je stocke. Et puis je donne, aussi, beaucoup, tout, sans reprendre mes souffles, qu'ils se dispersent à leur bon gré, je n'ai plus de temps pour ces conneries de précautions d'usage et de posologie des instants. Quelle dinguerie. C'est un peu marcher dans une pataugeoire pour les gosses et être transporté en un quart de seconde au milieu du Cap Horn, celui où les Peyron et consorts se chient dessus, tous grands barreurs qu'ils sont. Gnark, gnark, got a ticket to ride the snake...


Chaque moment, chaque minute prend une dimension catapultée, tout se dédouble, se dérobe, se répercute, rebondit et tape dans l'ampleur la plus exagérée. C'est chaud. Faut tenir. Prendre les astéroïdes qui arrivent avec détachement, ne pas se trop projeter dans ce que l'on est en train de vivre, parce que sinon, sans coup férir, on va se rendre compte que l'après sera un long hiver, comme la dernière image du film de Verneuil ,lorsque Gabin est assis sur son quai de gare, dans la brume de sa mort qui s'annonce narquoisement. Il faut exploser les instants, les bouillir, les incinérer et les ressuciter dans la continuité. Et puis finalement non, ils s'explosent tous seuls, ils s'auto-alimentent d'une intensité qui ne connaît pas de limites. Qui eût cru que je ressente des pulsions de vie aussi harassantes et mirifiques un jour? On partait de si loin. L'ironie de l'existence, et sa beauté par la même occasion, en conséquence, sont proprement ahurissantes. Tant mieux: karma complété. Energies rassemblées, focus sur l'essentiel, la vapeur des sens. Tout est synchronisé. D'où la disparition de la peur. Cette compagne robuste et pesante, qui balisait tous les interstices, collait du chatterton sur les échappatoires potentielles, cette brave et fidèle frousse a disparu. Gaffe, mec, ça peut se révéler dangereux, aussi, par moments, à force d'oublier ton corps, ses signes vitaux, de t'être mis à traverser l'existence à la façon d'un dragster, les plumes peuvent rester dans les barbelés. Ouais ben qu'elles s'accrochent aux piques si elles le souhaitent, je suis déjà rendu à l'escale suivante, c'est pas quelques années d'espérance de vie en moins qui vont me travailler le citron, j'ai pas spécialement que ça à foutre. Y a du taf. La pompe à sang turbine à plein régime. Clac clac clac, ça fait, jour et nuit, ça gicle du "rhésus plus" partout, bordel. Et s'il y a nécessité de dresser un état des lieux avant de rendre mon corps à la terre, je ferai une croix sur la caution versée à ma naissance, faudrait pas trop compter la récupérer, c'est bien normal, et je m'en tape grave, mais alors grave à un point difficilement envisageable. Mon paquet de lessive d'années "normales", celles qui étaient censées me rester à exister, je les ai échangées contre un petit baril de nitroglycérine: ça lave mieux, plus vite, ça décape, aussi, mais c'est d'une efficience phénoménale. Donc je ne change plus. Je prends le chemin du sacré, dare dare. Du cintré, du terrible, des secousses, du sismique, du pays de la tremble. De l'amour. Du minéral. De l'eau.
J'entre dans l'âge de Jean. Avec l'âme hors.


Nonobstant, ce trouble incessant, ce bord de falaise, bien qu'il devrait saper certaines notions dans la façon dont j'en décris la puissance, eh bien pas le moins du monde, il ne détruit rien, il élabore, il façonne . Que les choses soient claires: on n'est pas en danger, dans l'amour. Enfin si, non-stop, bien sûr, mais on a bien conscience de ça, si on est un adepte de la chose, un obsédé du sentiment, cela se fait naturellement. Les risques deviennent des pommades, qui apaisent, tout est mixé, lié, avec la précision d'un shaker de "cocktail world champion". Oh boy, c'est en fieffé goulu que je vide les godets que m'offrent le destin, les uns après les autres. Elle a tout ravagé, tout flanqué en merdier, y en a partout, dans les placards de ma tronche, déjà qu'ils étaient pas trop bien achalandés, mal disposés, en bordel, là c'est pire, on n'a pas le temps de plier le linge, les machines tournent 24/24, c'est la grande lessive en continu. Laverie automatique. Programme essorage du spleen. Des grandes tartes dans ta gueule. De plaisir et de bonheur. Ca frise l'inconvenance, l'obstruction gastrique, j'ai parfois honte d'être heureux à un tel paroxysme. Et puis ça passe, tout passe, un autre moment de grâce vient chasser le précédent, il y a des yeux qui me cherchent, je les accroche, ça dure un temps infini, la nuit des fois, y a du scotch sur nos pupilles, elles se scrutent, se bouffent, se dévorent le point, oh tu peux pas savoir, mec, par quels états intimes je passe dans ces instants là. Tout est en fusion, la vie la plus pure et la mort la plus catégorique dansent un tango de barges. J'exulte et je crève dans la même seconde. Je fonds, liquéfie ma substance, je me répands en dedans de moi, et puis mon magma se rassemble, et je suis reconstitué, puissant comme un drakkar dont le capitaine est un enfant furieux, en une ou deux minutes, le temps où l'on se fixe comme des animaux enfievrés. Quelle essence.


Quand on ne se voit pas, et c'est pour l'instant l'essentiel de notre temps, les journées sont d'une rare étrangeté: molles, distendues, étirées comme des longs fils de guimauve, du shamallow existentiel, je les franchis en déconnexion partielle, je travaille, je parle, je suis d'une disponiblité jamais démentie, j'ai l'oeil de l'amour mais je suis absent aux gens, quasi totalement. Je suis en elle. Et cela ne m'empêche en rien d'avoir une vie sociale pleine, constructive, active. Mais je suis dans son être. Dans ses bras, au creux de ses épaules nacrées, ses yeux, ses respirations, le mouvement de ses cheveux, la façon qu'elle a de manger, de picorer la bouffe comme un félin, je suis en sa possession, de façon consentie, et délicieuse. Avec l'intime volonté de la laisser vivre, et vibrer, et s'ébrouer librement, parce que je suis tout sauf une carne de mec, j'suis un pauvre blaireau affectueux, moi, un homme amoureux, un type qui bosse dur pour le bonheur de sa prochaine, qui usine, qui sue des litres pour que sa chérie soit dans l'harmonie. Qu'elle se vautre dans la plénitude comme un cheval se frotte le dos sur le sol, les quatres pattes en l'air. Et certainement pas pour qu'elle soit ma chose, mon objet de fantasmes (quoique, bon, merde), une notion externe, une lubie, un prétexte, un tremplin pour l'ego. J'exècre les mecs, globalement, et plus particulièrement les grands bailleurs des territoires féminins, les proprios professionnels, qui ne servent que leur perversion tordue, narcisses de pacotille, Don Giovanni de province, fils de rien, putain de Dieu apprenez à aimer, sales chiens. Manque de bol c'est pas comme le permis de conduire, tu peux toujours te taper mille leçons, tu sauras pas. Aimer, au sens le plus épuré et beau du terme c'est ancré dans ton cul à ta naissance, dans tes viscères, ça ne s'acquiert pas, ça ne se trouve pas en occase sur ebay, si tu n'es pas en capacité, fais d'autres trucs, vends des bagnoles, ou enseigne la couture. Ou aime mal.


Je sais aimer, je veux juste que l'on m'accorde cette grâce, messieurs les jurés, que l'on me reconnaisse cette vérité plénière. J'ai toujours aimé, j'ai bossé chaque jour à la perfectibilité de cette carlingue en feu, à m'en perdre et à m'en faire mal dans des proportions hallucinées. J'attendais tout. Je voulais tout. J'ai eu un peu, par extraits, j'ai visité des appartements témoins, intrigué, piqué, je m'y suis même senti bien, pour quelques années. Et puis brusquement, je suis rentré dans mes murs. Je ne bougerai plus d'un traître iota. Jamais.











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