mardi 12 février 2013

L'aube du sentier pourpre



La période de cristallisation, dans une histoire d'amour, est une phase assez exceptionnelle, un instant rougeoyant où une certaine notion du divin s'approche du coeur battant, pour peu que l'on soit enclin à se laisser aller facilement à cet état de tempête intérieure, magnifique et ravageur. Un nectar absolu. Qu'en est il de Jean-Julien, ici et maintenant, à son âge et à l'heure qu'il est? Je suis toujours là, j'arpente encore et encore cette vie, le mors aux chicots et les ventricules qui palpitent. On ne change pas. On tente des ajustements, on argumente face à soi même pour tempérer ses ardeurs, on se fait des violences pour tenter d'être moins à vif, mais des clous loulou, la source du sujet reste identique, le propos global ne varie pas. J'aime. J'aime, donc. Sempiternellement. Inexorablement. Maladroitement, souvent. Trop. Mal. Pas bien. Enormément. Dans un quotidien, avoir une sensiblité aussi explosée n'est pas des plus simples à gérer. Que non.
Je me suis tout de même étonné, en 2012. Comme un performer qui a déjà battu quelques uns de ses records personnels, et qui est de nouveau ébahi de par ses récents scores sur l'échelle de l'émotion. On croit, à tort, que le siège des sentiments possède des limites pré-établies, un moteur bridé à 200 à l'heure ou un truc dans le genre. Et puis on se retrouve dans des états de vitesse intime jamais atteints auparavant. Tout ceci vaut vraiment le coup. Putain, c'est vrai, ça vaut le coup, la vie ne mérite pas qu'on la méprise alors qu'elle est à même de fournir des vertiges calibrés Godzilla. Des rushs d'adrénaline. Des tambours shakespeariens. 36000 coeurs dans la paume. Une pluie étrange qui promène ses stries sur la peau d'un homme. Qui lacère autant qu'elle nourrit. J'ai mûri. Mon âme était déjà vieille. Les jeux des enjeux, le tragique et le splendide dans la même gamelle, j'en connaissais déjà la sérénade. J'écoute Bashung. "Fantaisie militaire", c'est pas fait pour les chiens. Boum. J'ai rajeuni autant que j'ai de nouveau vieilli. J'ai les pouces verts du jardinier cultivateur de paradoxes.
Mais Dieu que je me suis fait peur, aussi. Parce que j'ai vécu et traversé cette année en faisant fi des digues que la providence dresse contre les débordements d'un type en état d'amour. A juste titre et à bon escient, le plus souvent, dressées qu'elles sont, ces fichues digues. Mais rien ne saurait s'opposer à l'impétuosité d'un sale gosse. Alors j'ai engendré quelques tsunamis, avec une précision diabolique, une méticulosité incroyable dans l'art de me faire du mal et à en faire. Chercher les poignards sous les nénuphars. Spécialité Brérard. Ca va mieux, merci.
Reste à savoir si ce retour à des zones tempérées s'est réalisé au prix d'une fièvre que l'on chérit tout autant que l'on redoute. Toute cette subtile articulation des contours est extrêmement ténue. C'est une mince couche d'équilibre instable qui balance entre deux élans incontrôlés. Sacré brigand. Chenapan. Farfadet illusionné. Je suis content d'être dans cette vie. Oh, chaque jour, il faut reprendre le collier, éviter au maximum le joug existentiel, foutre le cafard et la mélancolie à une distance de sécurité respectable, parce que cette deuxième peau est encore un peu greffée sur mon épiderme sentimental. Un peu. But it's ok. Content aussi d'avoir de nouveau nourri le blog. J'y reviendrai. Vite j'espère. Sabre au clair, les côtes écartées, le coeur sorti, c'est dangereux. La puanteur de la douleur côtoie les cimes lunaires. Binaire approche. J'ai bien peur de ne pas savoir vivre autrement.
Je suis pétri d'espoir pour cette 2013 déjà entamée. J'ai beaucoup souffert ces dix ou quinze dernières années. Je ne souhaite néanmoins en aucun cas une lobotomie en règle qui m'amènerait vers un nirvana bon marché, une routine craintive de provincial énamouré. C'est un sang audacieux que je me souhaite. La force herculéenne des timorés, le courage sans cesse renouvelé des vrais peureux.    
Le petit con est de retour. Je suis né pour vous faire chier. Veuillez en prendre bonne note, en vermillon, sur des agendas resplendissants. Saison 2.  


   

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