Et aujourd'hui? J'y viens. Parlons d'hier, d'abord.
C'est bizarre, ces premiers mois, ces premiers émois, ces premières semaines, je les ai consignés. J'ai gardé les SMS, soigneusement, j'ai pris beaucoup de photos de nous, j'ai conservé tous les messages sur mon répondeur. J'avais le sentiment inconscient que tout ceci ne durerait pas. Au vu des deux personnalités qui formaient cette singulière union. Et pourtant j'ai goûté à ces délices sans retenue, j'y suis allé à fond. Nous y sommes allés à fond. Pendant un temps. Un long moment. Un très long trip qui dure quelques centaines de jours, d'interminables mois où l'on écrit "pour la vie", "ad vitam", "je suis arrivé", "tu es mon amour", et j'en passe. Putain ce que c'est con. Bon Dieu je le savais bien qu'un tel missile userait son carburant en un rien de temps. C'était programmé. Ca se sentait. Mais putain, lorsqu'on dit "toujours", on le pense. Vraiment. Avec toutes ses tripes, du plus petit poil jusqu'au dernier des atomes, tout le corps est voué à aimer l'autre. C'est ça qui est beau. Et vain. Et beau. Et vain. Etc...
Et aujourd'hui? J'y arrive.
Qu'on me laisse encore naviguer dans l'avant, qu'on me laisse faire la planche à la surface de ces minutes d'amour blême, même si ça me fait mal à en crever, je ne sens plus grand chose, de toute façon. Comme l'ex-junkie qui se met à l'alcool après l'héro. Ou un pochetron qui carbure au jus de tomates. C'est moins euphorisant, quoi.
Toutes ces longues semaines de tendresse, je les trimballe désormais dans mon disque dur, il a fallu que je reformate un peu, mais c'est ok, tout tient je crois.
Je pourrais fort bien esquisser ici quelques moments de grâce que j'ai partagés avec Hélène.
Je ne le ferai pas. Je garde le sourire de la vitesse dans ma besace.
Je préfère taire ces choses.
Et aujourd'hui?
Je vis dans une maison que j'aime, avec un beau terrain, tous mes disques, mes guitares, un piano, un clavier, tous mes bouquins, tous ces remparts contre l'enfouissement définitif de mon énergie vitale. Encore une fois, encore une putain de fois, c'est la musique qui me tient debout. Je ne chante pas, j'hurle. Question de feeling. J'éructe. J'exorcise. Que ce soit dans la chorale urbaine ou le groupe de rock que je fréquente, je sors de ma gorge chaque note comme s'il s'agissait d'un alien à extirper d'urgence. Chaque vocalise est un cri. Et ça, ça fait du bien.
J'ai aimé, putain, j'ai aimé, je me suis encore constitué des réserves de beauté pour des années. Consultables à loisir. Et je crois que j'ai moins peur de la mort. Un peu.
Je vis seul, désormais. Ma Miochka est repartie dans son pays multicolore, où je ne capte pas grand chose, mais où en tout état de cause une vie de famille n'est pas envisageable. De toute façon, plus je me regarde plus je me dis qu'avec ma cinglure forcenée, la vie avec ma gueule doit se révéler impossible pour n'importe qui. Mais c'est bien. On a essayé. Et tout ce que nous nous sommes dit était pensé, pensé très fort. C'est ce qui compte. Maintenant il faut que je m'accroche. Que je pense à des choses simples. Basiques. Faire à manger. Se lever. Parce que si je fous la machine à cogite en route ( en rut?), je deviens à moitié cinglé, je franchis le dernier step jusqu'à l'autre versant, celui où les fous d'amour passent le restant de leur vie à compter sur leurs petits doigts des choses du pays de l'inconnu. J'ai frôlé la calanche. J'ai vu le néant. C'est tentant. C'est facile. C'est apaisant. De partir sur un coup de dés ou de gun. Mais c'est pas bien. Y a des gens qui ont débarqué chez moi, des gens qui ont fait des kilomètres pour me soutenir, me dire qu'il m'aimaient, qu'il fallait que je pense à aller bien, à remonter la pente. Eh mec, tu sais d'où je reviens? Tu connais les contrées torturées de Barjoland? Je suis tombé amoureux. Fou amoureux. Putain que c'était bon. Et tu sais quoi?
J'en veux encore. Y en a sûrement d'autres. Qui m'attendent. Une autre. Une femme. Avec des courbes, des seins, de la mauvaise humeur, des beaux cheveux, une femme qui supporte les timbrés, qui cadrera la bête, qui me dira la route, qui me tiendra la mimine.
J'en veux. Putain, oui j'en veux.

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