samedi 11 mai 2013

La raison du plus fou

En relisant, ici et là, les quelques derniers posts de ce foutu blog, j'ai souri, un peu. Pleuré, beaucoup, aussi. En constatant simplement que j'étais, il y a encore quelques mois, un homme intrinsèquement paumé, bien paumé. Qui attendait que le destin lui assène un de ces coups de pied au derche qui font grimper l'adrénaline, qui libèrent de la phéromone, de la dopamine, de l'héroïne naturelle. Un mec qui attendait une grande histoire d'amour. Putain c'est pas compliqué. Un vent de passion, comme les trucs à la manque qu'on lit dans les romans Harlequin ( "Et soudain son regard croisa celui de trucmuche. Sa vie en fut transformée"). Mais en mieux. Dans la vraie vie. C'est arrivé. Il y a un peu plus d'un an, dans le froid de l'hiver 2011-2012, mon coeur s'est mis à battre vite. Déjà qu'il bat super vite, et que mon toubib dit qu'à cette cadence j'aurai épuisé ce muscle bien avant l'heure dite (c'est à dire que je vais sûrement crever un peu plus jeune que la moyenne, pour résumer. Mais c'est bien, c'est raccord avec ma passion pour la tragédie rock'n'rollienne, je n'ai pas spécialement envie de m'éterniser ici en devenant vioc. Faire mes valoches avant de m'amoindrir, ça me va). Eh bien là, il s'est mis à battre encore plus vite que le plus vite habituel. J'espère me faire bien comprendre par le non spécialiste en cardiologie. Je suis tombé amoureux. Tombé. A genoux. Pas facile pour marcher. Et pourtant je courais. Je bossais comme un dingue la semaine, j'écrivais des textos enflammés la nuit, je sautais dans le train le vendredi soir pour rejoindre mon aimée, je passais le week-end entre nuits blanches, restos, et angoisse ignoble du retour à la case SNCF, et ainsi de suite. Dire que les premiers mois de cette histoire avec Mademoiselle H ont été intenses, c'est un tantinet en dessous de la vérité pure. Ca a été incroyable. De vitesse, d'émotions tellement hautes qu'elles en deviennent physiquement palpables dans les mains, que l'on sent de l'amour dans sa paume, un truc de dingue. Moi, je n'attendais que ça. Depuis des lustres. Enfermé dans mon confortable cynisme, j'avais fait le choix de ne revenir à la vie que pour aimer à la folie. C'est un choix qui se respecte. J'ai déjà aimé. Je connais, c'est vachement bien. Il y a eu de belles histoires dans ma vie, des histoires fortes et nobles, pas des roucoulades en soldes, non non, des choses magnifiques. Mais je voulais l'ultime. Je visais l'Olympe. Rien que ça. C'est assez paradoxal pour un type qui se nourrit d'auteurs pas franchement enclins à croire en l'amour éternel. Mes écrivains favoris lorgnent plus du côté des désabusés professionnels que des joyeux lurons du sentiment. Et au fond de moi, au plus profond de moi, lorsque je sonde cette âme étrange qui me pose pas mal de soucis dans le quotidien, je sais pertinemment que les grandes histoires sont souvent grandes parce qu'elles sont courtes. Ramassées. Compactes. Que l'on n'inscrit que très difficilement la passion dans le quotidien, que sortir les poubelles tous les lundis soirs ça colle pas avec l'esprit de Mayerling, pour situer un peu le truc. Me méfier de moi, j'aurais du. Tu parles. Bien sûr que j'ai sauté dans l'amour, les deux pieds que j'ai sauté dedans, j'ai tout embarqué avec moi, rien à foutre, ce sont ces heures chaudes que j'attendais depuis dix piges, je n'allais pas reculer, ou minauder, ça n'aurait pas été dans le ton. Alors j'ai pété mes fusibles, comme je l'ai écrit ici, j'ai grillé mes terminaisons nerveuses, j'ai bazardé ma vie professionnelle, j'ai pris des risques, j'ai déménagé, j'ai touché le bonheur, vrai, j'y ai cru, comme un malade, je voyais déjà des enfants, une maison à la campagne, des chiens, des grandes tablées de potes et une vie qui éclabousse toutes les autres alentour de son évidente clarté. La joie qui aveugle. Le spectre de la lumière décomposé harmonieusement sur un homme et une femme heureux. Ouais.
Et aujourd'hui? J'y viens. Parlons d'hier, d'abord.
C'est bizarre, ces premiers mois, ces premiers émois, ces premières semaines, je les ai consignés. J'ai gardé les SMS, soigneusement, j'ai pris beaucoup de photos de nous, j'ai conservé tous les messages sur mon répondeur. J'avais le sentiment inconscient que tout ceci ne durerait pas. Au vu des deux personnalités qui formaient cette singulière union. Et pourtant j'ai goûté à ces délices sans retenue, j'y suis allé à fond. Nous y sommes allés à fond. Pendant un temps. Un long moment. Un très long trip qui dure quelques centaines de jours, d'interminables mois où l'on écrit "pour la vie", "ad vitam", "je suis arrivé", "tu es mon amour", et j'en passe. Putain ce que c'est con. Bon Dieu je le savais bien qu'un tel missile userait son carburant en un rien de temps. C'était programmé. Ca se sentait. Mais putain, lorsqu'on dit "toujours", on le pense. Vraiment. Avec toutes ses tripes, du plus petit poil jusqu'au dernier des atomes, tout le corps est voué à aimer l'autre. C'est ça qui est beau. Et vain. Et beau. Et vain. Etc...
Et aujourd'hui? J'y arrive.
Qu'on me laisse encore naviguer dans l'avant, qu'on me laisse faire la planche à la surface de ces minutes d'amour blême, même si ça me fait mal à en crever, je ne sens plus grand chose, de toute façon. Comme l'ex-junkie qui se met à l'alcool après l'héro. Ou un pochetron qui carbure au jus de tomates. C'est moins euphorisant, quoi.
Toutes ces longues semaines de tendresse, je les trimballe désormais dans mon disque dur, il a fallu que je reformate un peu, mais c'est ok, tout tient je crois.
Je pourrais fort bien esquisser ici quelques moments de grâce que j'ai partagés avec Hélène.
Je ne le ferai pas. Je garde le sourire de la vitesse dans ma besace.
Je préfère taire ces choses.
Et aujourd'hui?
Je vis dans une maison que j'aime, avec un beau terrain, tous mes disques, mes guitares, un piano, un clavier, tous mes bouquins, tous ces remparts contre l'enfouissement définitif de mon énergie vitale. Encore une fois, encore une putain de fois, c'est la musique qui me tient debout. Je ne chante pas, j'hurle. Question de feeling. J'éructe. J'exorcise. Que ce soit dans la chorale urbaine ou le groupe de rock que je fréquente, je sors de ma gorge chaque note comme s'il s'agissait d'un alien à extirper d'urgence. Chaque vocalise est un cri. Et ça, ça fait du bien.
J'ai aimé, putain, j'ai aimé, je me suis encore constitué des réserves de beauté pour des années. Consultables à loisir. Et je crois que j'ai moins peur de la mort. Un peu.
Je vis seul, désormais. Ma Miochka est repartie dans son pays multicolore, où je ne capte pas grand chose, mais où en tout état de cause une vie de famille n'est pas envisageable. De toute façon, plus je me regarde plus je me dis qu'avec ma cinglure forcenée, la vie avec ma gueule doit se révéler impossible pour n'importe qui. Mais c'est bien. On a essayé. Et tout ce que nous nous sommes dit était pensé, pensé très fort. C'est ce qui compte. Maintenant il faut que je m'accroche. Que je pense à des choses simples. Basiques. Faire à manger. Se lever. Parce que si je fous la machine à cogite en route ( en rut?), je deviens à moitié cinglé, je franchis le dernier step jusqu'à l'autre versant, celui où les fous d'amour passent le restant de leur vie à compter sur leurs petits doigts des choses du pays de l'inconnu. J'ai frôlé la calanche. J'ai vu le néant. C'est tentant. C'est facile. C'est apaisant. De partir sur un coup de dés ou de gun. Mais c'est pas bien. Y a des gens qui ont débarqué chez moi, des gens qui ont fait des kilomètres pour me soutenir, me dire qu'il m'aimaient, qu'il fallait que je pense à aller bien, à remonter la pente. Eh mec, tu sais d'où je reviens? Tu connais les contrées torturées de Barjoland? Je suis tombé amoureux. Fou amoureux. Putain que c'était bon. Et tu sais quoi?
J'en veux encore. Y en a sûrement d'autres. Qui m'attendent. Une autre. Une femme. Avec des courbes, des seins, de la mauvaise humeur, des beaux cheveux, une femme qui supporte les timbrés, qui cadrera la bête, qui me dira la route, qui me tiendra la mimine.
J'en veux. Putain, oui j'en veux.        




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