vendredi 17 janvier 2014

Wandering and wondering ( this is dedicated to little Pom')



Force est de le constater, cela fait huit mois que je n'ai point écrit ici. Non que je n'en ai pas eu l'envie, le besoin, mais disons que ces élans ont eu du mal à se concrétiser en phrases. Il y a parfois loin du cerveau au clavier. Du fond du trou aux premières lueurs de la sortie du puisard. De ces mois très particuliers et assez infâmes, je n'ai pas grand chose à décrire. J'entrevois des trucs, parfois des flashs me remontent comme autant d'images apocalyptiques en ce qui concerne l'état de délabrement de ma psyché. Des visions écarlates, des voyages dans le lointain pays du glauque, des cartes postales où l'on contemple le sur-moi se faire copieusement baiser par le ça, tandis que le moi contemple la scène avec une impossiblité caractérisée à agir pour faire stopper le carnage en règle des neurones. Mais ça va. J'ai - encore - survécu. Une fois de plus. Et que l'on ne vienne pas me dire que je passe mon temps à me regarder le nombril, à étaler vulgairement mes états d'âme, à me complaire grassement dans l'auto-analyse la plus narcissique qui soit. J'ai passé suffisamment de temps à être baillonné par tout un tas d'écharpes mentales, enserrées autour de mon larynx aussi sûrement que des morpions savent taper l'incruste dans une touffe. Alors oui, je m'accorde une grande tartine d'écriture sur ma gueule, et que ceux que cela indispose aillent se faire bourrer ailleurs par qui de droit.

Je ressors de cette épisode à la fois meurtri, fragilisé, un peu en lambeaux, mais très paradoxalement gorgé de hargne dans le même temps. Et déterminé à combattre du mieux que je peux les futures vagues dépressionnaires, dans le cas où ces putes auraient la mauvaise idée de tenter une nouvelle offensive dans un avenir proche. Oui, j'ai un terrain fertile en ce qui concerne le vague à l'âme. Propice aux addictions, aussi. Pas gâté par une immense confiance en moi. Et après? C'est comme ça que je vis depuis bien longtemps, je m'y suis habitué, au fil des ans, à ce toboggan permanent vers le spleen. Je pense souvent à cette phrase de Desproges: "Putain, à chaque fois qu'il arrive quelque chose de beau dans ma vie, mon bonheur est immédiatement gâché par la pensée qu'il va bien falloir mourir un jour". Je me promène sur ce caillou depuis 42 années maintenant, j'ai vécu plein de trucs, certains ont été magnifiques, d'autres ont atteint le summum de l'horreur et de l'autodestruction, mais je suis encore là, quand bien même les coutelas ont longuement fait leur office et gratté de plus en plus profondément dans le derme existentiel. J'ai aimé. J'ai parfois trahi. J'ai fait l'amour. J'ai été bien baisé, aussi. J'ai bu. J'ai avalé des trucs pour planer. J'ai été un acharné du sentiment amoureux, parce que je le plaçais au dessus de tout. Même au dessus de la musique. C'est dire.... De tout ça, je suis revenu, en clochard explosé, claudiquant, totalement infirme du coeur. Pour l'heure les objectifs sont clairs :  fortification implacable des remparts sentimentaux. Mise en place de miradors performants, en veille 24/7, tout entier voués à repérer le moindre embryon d'histoire d'amour et à l'éradiquer dans la seconde. Toute créature féminine se doit d'être, au mieux, invisible. Pour sa préservation. J'ai des cartouches d'ironie prêtes à défourailler, quelques saillies cinglantes et cyniques dans mon chargeur à vannes. Et tout ceci est copieusement nourri d'aigreur. Putain de cocktail molotov. Brûler les sentiments. Punir l'existence là par où elle m'a elle même sanctionné. Fight fire with fire.



C'est très étrange. Dans le même temps que je couche ces lignes apparemment empreintes d'une détermination féroce à ne plus jamais aimer un être ni à être un objet d'amour, je sens dans mes plus intimes fondements que je serais prêt à replonger corps et biens à la première attaque d'une créature de sexe féminin. Que dois-je penser de tout ceci? Dois-je persévérer dans l'art délicat du détachement, celui-ci pouvant irrémédiablement conduire à une solitude durable, ou se peut il qu'une petite porte entr'ouverte sur l'éventualité de l'amour ne soit pas aussi dangereuse que je ne le pense actuellement. Méfiance.... Le champ des possibles? Bien labouré, en ce qui me concerne, merci. Je vais pas reprendre de rab pour l'instant, ça ira. Ca sent tout de même le carbonisé lorsque je me déplace... Une odeur diffuse de mec broyé, la chair qui pue comme celle du goret récemment passé au lance-femmes. Alors restons prudents, hombre. Zone à risques, mec. Tu sais pertinemment que tu n'es jamais autant heureux et bondissant que lorsque ton coeur prend des G dans la tronche, lorsque le rythme des choses de la vie devient une salsa portée au rouge sang. De cette mise en danger suprême, tu es foncièrement addict, coco. Tu aimes ça. Plus que tout, c'est ta came, plus que l'alcool et les guitares, plus encore que les benzodiazépines, ça dépasse l'ensemble de ce que tu pratiques compulsivement pour t'en faire oublier le goût nocif et jouissif. Bahhhh, va bene. On verra bien. J'ai plus peur. J'suis déjà mort deux ou trois fois. J'ai vu mourir mon père. L'amour ne me niquera plus. De toutes façons, il n'y a plus grand chose à bousiller. Les connectiques pendent, la mécanique brinqueballe depuis un certain temps, le moteur est sur la réserve, je me balade sans boussole et c'est très bien comme ça. Peut être même que les belles rencontres peuvent se faire jour dans ces temps instables. Durant ces périodes si particulières de flottement, où l'on est entre deux eaux, deux pans de sa vie, deux destins, deux échecs. A vrai dire je m'en fous. Crânement.



En tout état de cause, et si l'on se réfère aux saintes écritures, le nombre 13 y tenant une place assez maudite comme d'aucuns l'auront sans doute remarqué, il n'est pas excessif de dire que cette salope d'année dernière m'a apporté un lot de merdes bien compactes, du genre filet garni jeté en pleine face et qui ébouillante correctement. J'ai perdu un ami, j'ai perdu un amour ( et conséquemment une amie). Ca fait beaucoup. Et ces deux personnes arpentent toujours la planète, m'ignorant copieusement alors que j'aurais sans la moindre hésitation donné ma vie pour leur bien être. J'emmerde 2013. Je lui chie à la gueule. Elle m'a foutu deux genoux à terre, c'est avéré. Ceci étant, manque de bol, j'ai rampé jusqu'à l'orée de la forêt des horreurs et j'ai relevé la gueule, les deux yeux plantés dans le soleil. Le reste a suivi. C'est une bonne chose.

Et puis il y a Fanny. Il y a eu Fanny. Pendant un temps, aussi, il n'y a plus eu Fanny. De nouveau il y a Fanny. Voilà de quoi sacrément se réjouir, bordel de merde. De quoi regarder le mur de sa vie et se dire sereinement : ça, c'est préservé. Cet espace est totalement sain, et beau. Dénué de tout calcul. Exempt de la plus petite trace de mesquinerie, de perfidie, de mauvaise foi et de mensonge. Fanny sait parfaitement ce qu'elle a représenté pour moi, de mes treize à mes seize ans. La première de toutes les passions. L'élément fondateur du fonctionnement du coeur d'un homme. La pierre angulaire. L'endroit d'où je viens. J'ai aimé cette jeune femme comme un adolescent frondeur et déraisonné peut aimer. A fond. En silence. En souffrant. En me taisant. Mais en vivant ce trip avec la ferveur d'un moine qui entre en adoration. Toute cette merveilleuse histoire est consignée dans un classeur rouge, dont nous avons noirci les pages durant des heures, assis côte à côte dans tous les cours que le collège offrait à notre clairière de bambins extasiés. Jour après jour, nous avons écrit notre adolescence à quatre mains, nous jouant des profs et des élèves, planant très haut au dessus de la réalité du commun des gamins. Elle me considérant comme un ami essentiel, et moi l'aimant à m'en arracher les ongles pour cisailler mon dos. Je chéris cette période avec une incandescence jamais démentie. Cette frénésie romantique est ce qui a fait que je suis devenu l'adulte ( rires !!) qui dépose en ce moment ces quelques réflexions devant son ordinateur. Fanny a construit ma capacité à aimer. Elle a contribué pour une immense part à façonner ma sensibilité capricieuse et délicieusement instable, mon inclinaison toute naturelle à ne jamais être rassasié de tendresse. Cependant, un beau jour, une autre femme est arrivée dans ma jeune vie, et j'ai plongé de tout mon être dans ce qu'Yves Simon nomme très finement le "Prochain amour". En oubliant Fanny. Totalement. En laissant nos éclats de rire sur le rebord d'un banc de lycée, consignés de force dans une amnésie assez putassière et cruelle. Je ne m'explique toujours pas ce volte face, cette occultation radicale de tout ce qu'elle avait été de beau dans mes années d'émergence vers l'état d'homme. J'ai passé les dix années qui ont suivi l'arrivée de Nathalie à aimer Nathalie. Dieu, ou le Diable, sait que je l'ai aimée. Et que son récent retour dans ma vie contribue beaucoup à ne pas me désunir totalement des idées positives que je peux me faire des femmes. Mais j'y reviendrai plus tard. Dans quelques semaines ou quelques jours. Nath a eu ses pages dédiées, ici. Elle possède un lopin plus que conséquent.

Mais pour le moment, le temps est au pardon. A la quête de rédemption. Fanny, p'tite Pom', excuse moi pour tout ça, je ne comprends foutrement rien à ce qui a bien pu me traverser la tronche pour que je te balance hors du train de cette façon, comme on écarte un intrus, une vague connaissance, un lointain pote. C'est toi qui m'a appris à aimer. Peut-être ai-je eu peur de ne plus jamais pouvoir aimer quelqu'un d'autre que toi. Pas aussi fort, en tous les cas. Toujours est il que je suis fier de nos très jeunes années. De ce vaste domaine de grâce dont nous sommes les éternels propriétaires. Les doux gardiens, attentifs et précautionneux. Les uniques rentiers de cet amour, semé il y a trente piges, et dont les dividendes nous sont encore offerts, malgré tout, malgré la cruauté des choses et le temps qui creuse nos futures tombes.



C'est de cette unicité si puissante, de ce sanctuaire inviolé dont je me nourris beaucoup, depuis quelques temps, pour affronter le quotidien pâle et mon retour en terre de solitude. Et puis je crois, comme tout crétin d'illuminé qui se respecte, en certains signes pour le moins évidents. Lorsque je reçus, en plein supermarché, le coup de fil m'annonçant la mort imminente de mon père, et que je ne pus retenir ni mon corps, pauvrement affaissé dans un rayon, ni les larmes qui faisaient de mon torse un ressort pathétique, c'est ton regard que j'ai croisé en premier. Qui t'a mise sur le chemin de la pire journée de ma vie? Qui a fait en sorte que tu me soutiennes et guides avec la plus délicate des attentions jusqu'à ma ma bagnole, pour que je puisse avoir le temps de foncer dire adieu à Papa? Et qui a conçu que depuis lors, nous avons retissé des liens dans une harmonie et un respect mutuel qui enorgueillissent mon être un peu plus chaque jour? Qui a décidé que nous nous retrouverions à quarante ans, cette fois sur un parfait plan d'égalité sentimental, dans l'amitié la plus profonde qui soit, la plus noble, la plus racée, pudique et généreuse, superbe, immaculée? Je ne sais rien de tout ça. De la présence événtuelle d'une providence, d'un je ne sais quel bordel de Dieu, d'un ailleurs, d'un ici. J'ai juste l'intime conviction que tu es mon amie, Fanny, mon amie la plus précieuse, c'est ancré en moi avec une simplicité que rien ne saurait ternir. Je t'appelle des terres de l'évidence. Des sentiers baignés d'une grandeur sans pareil. Sans forcer. Seras tu là? Tu seras là. Tu as toujours été là. Je serai là. J'ose espérer que tu n'en doutes plus, désormais...

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