lundi 30 mars 2015

There's one and only one Joni ( and she's mine)



Je suis amoureux de Joni Mitchell.

Je veux dire, précisément : je n'aime pas seulement ses albums étourdissants, sa capacité à n'écouter que son âme artistique lui chuchoter là où elle doit aller, ses prises de risques permanentes, sa beauté époustouflante, et tout le reste, tout l'bronx qui fait que c'est une artiste unique. Non. Je suis vraiment amoureux d'elle. Elle me fascine. "Woodstock" fait partie des chansons que je peux écouter jusqu'à l'épuisement physique. "Blue", "Ladies of the Canyon", ou "Hejira" sont des disques toujours à portée de mon coeur et de mon iPod. On sait jamais. Je l'aime. Elle est ce que l'on nomme communément une artiste totale. Peintre, musicienne, femme inspirée par la vie et qui inspire la vie. Elle m'apaise lorsque je suis en "danger zone", elle m'envoûte lorsque j'ai envie de sensualité. Ses années 70 ont été incroyables de crativité. Et, aux rivages de la vieillesse, elle demeure une acharnée, une arrachée, qui fume ses deux paquets de clopes par jour et qui emmerde le monde. Joni Mitchell est phénoménale. Elle m'est tombée dessus il y a trois ans. Il y a trois ans, j'étais très amoureux, je vivais une période de fulgurance, une de ces "fast lanes" qui vous secouent la gueule et vous laissent pantelants après, mais dont on se souvient avec bonheur lors des nuits de spleen ou des jours de pluie. Et en cette période, j'étais en boucle sur Joni Mitchell et "Kid A" de Radiohead. Que j'écoutais beaucoup, beaucoup ( les deux), comme pour marquer cette période d'une madeleine proustienne mélodique inoubliable. Ca n'a pas loupé. Lorsque les premiers accords de "Woodstock" ou "Everything in its right place" arrivent, peu importe où je me trouve, peu importe l'heure, je retourne en 2012 et je suis amoureux. La musique sert à ça. Et à plein d'autres trucs merveilleux.

Mais revenons à Joni. My dear Joni. "Will you marry me?", lui demandé-je régulièrement lorsque j'écoute ses sublimes disques. Elle me répond en chansons. Et c'est toujours un grand oui. J'épouse donc très régulièrement Joni Mitchell, de façon nocturne, mais nous partageons ce secret d'alcôve pourpre et magique, elle et moi, en silence. Je vous saurais gré de ne point divulguer ce délicieux mystère. Merci bien.
Elle a tout traversé, tout vécu, elle a beaucoup aimé, elle a beaucoup écrit, elle est partie dans le jazz avec Charlie Mingus, elle a joué avec Jaco Pastorius, Wayne Shorter et Herbie Hancock, elle n'a pas fait que des albums folks incandescents pendant toute sa putain de belle carrière. Que nenni. Elle est libre, indépendante, farouchement, et lorsque je dis que je l'épouse régulièrement, mon cul oui, on n'attrape pas ce genre de fée, on ne met pas une telle personnalité en laisse matrimoniale....

Dans le fabuleux documentaire "Woman of Heart and Mind - a Life Story", sorti en 2003, on découvre une femme passionante, très attachée à son libre arbitre artistique, et qui n'écoute pas les attentes d'un public conquis mais plutôt son intuition pour composer, peindre, et vivre. J'adore cette créature. Et elle est encore belle à 70 ans, différemment certes, ce n'est plus la bombe thermonucléaire de 1969, mais son regard est démeuré phénoménalement intense.
Une déesse. Une guerrière. Une conquérante de l'impossible. Joni.
Entre 1968 et 1978, disons, en gros, il n'y a rien à balancer dans ses disques, tout est délicat, pur, beau à pleurer, elle a eu une période d'une grâce absolue au niveau de l'inspiration, et même si les années 80 ont été plus chaotiques, elle a sorti tellement de merveilles dans la décennie précédente que l'on peut grandement lui pardonner ce très léger amoindrissement. Ceci étant, les années 80 n'ont été faciles pour personne. Et un album moyen de Joni Mitchell vaut, par exemple, en équivalence, le meilleur album de tout un tas de crétins que je ne citerai pas ici, parce que je ne veux pas souiller ce post.
Et son jeu de guitare qui n'appartient qu'à elle ( allez donc jouer du Joni Mitchell), ses accordages en open tunings complètement ahurissants, merde, quoi, merde, il faudrait légiférer pour le que le talent ne soit pas attribué de façon arbitraire à quelques personnes de cette stature, parce que ça tient quasiment de l'injustice.

J'aime Joni Mitchell. J'aimerai toujours Joni Mitchell. Elle ne mourra pas. Jamais.
Elle a un contrat avec la providence, un deal avec l'au delà : elle restera sur Terre pour environ trois ou quatre siècles, puis elle repartira vers des contrées étranges, là d'où viennent ses chansons bouleversantes. Mais on a encore du temps. Alors profitons.
Ecoutons Joni Mitchell. Ecoutez Joni Mitchell. Et si ses albums vous déplaisent, je vous les rachète. Je vous les rembourse. Sérieux.

https://www.youtube.com/watch?v=q3SjqGfe-yM


https://www.youtube.com/watch?v=tKQSlH-LLTQ





2 commentaires:

  1. Que d'amour pour cette artiste qui prouve que le talent et la beauté peuvent être conciliés.
    Merci pour ce partage !

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