vendredi 9 février 2018

L'enfer me ment



Notre nouveau chapitre, mon bel amour, le livre suivant la genèse, notre Bible intime qui dépose ses lignes, à chaque minute, chaque souffle, ce vertige à la puissance occulte inouïe, c’est naître, la vie au creux des mains, la démarche paisible, c’est aller vers le destin du monde invisible. Là où l’univers est, a été, sera. Vers le tout. Et surtout toi. Toute ma vie, j'ai essayé de faire de mon mieux avec ce que je suis. Aujourd'hui, où que tu sois, je m’endors hanté par ta peau.


Tes désordres font désir. J'ai pris un aller simple pour le sacré, j'ai mis fin au naufrage. Me perdre dans tes yeux au point de m’y voir, tout simplement. De cette furie d’échanges de fluides, je suis né, amour, je remonte à ma propre surface, je suis de retour de la terre des ombres. La mort est une amie, puisque je l’ai vécue, trépassé de mes maux, je l’ai aimée et lui dis à plus tard, attends moi, je dois vivre. Je suis un missile en mission. Je me battais comme tout le monde. Pour quitter mes ombres profondes, mes tunnels. Je t'attendais comme un miracle, un Noël païen. Il est venu mon putain de jour de chance.

Envahi, découpé, tuméfié, recraché, hébété. Se dire en haut le cœur, gouverné en malaises, qu'on n'aimera plus à ce point, qu'on n'a jamais aimé, finalement, et qu'il faut saisir chaque spectre de nos instants, mon amour, qu'il faut en avaler toutes les parcelles comme un possédé. Je sais avec détermination que tu es l'immensité de mon existence. Que tu portes ma vie et ma mort dans ton sang. Je ne me possède plus, je suis tien, depuis maintenant jusqu'à mes ultimes portes, parce qu'avant toi, c'étaient les répétitions, une ridicule antichambre avant l'infini. Ouvrez le bal, fermez le ban, faites entrer et faites monter : je t'aime. Moi le fou. Toi mon aile. Tu es celle, belle, qui me trouble et m'anime.

Restons fous et hors du temps, nos vies ont pris de l'ampleur, la redescente parmi les "gens" est inenvisageable, merde. Très chère aimée, qu'il me serait ardu de vous décrire tous les sentiments qui me transpercent en une journée d'amour pour vous. Tout se mêle, c'est bonheur porté au rouge, puis affres de douleur, et joie, et peine, et folie du sang. C'est ainsi que j'ai toujours envisagé de trouver un intérêt à nos mornes vies de bipèdes: aimer, à en s'en vider les tripes. C'est le plus grand des sauts. C'est toi, mon amour, ma chair, ma peau, ma vérité, ma galaxie, ma moitié adorée, ma dérobée des ombres, ma route. Je crie. Nos salives mélangées n'ont  pas de limites et sont sucrées et exquises. Tout m'indiffère: les gens sont petits, transparents, absents, inexistants. Passons de l'autre côté. Tout est laid, apporte moi la paix des purs amours, décime mes larmes à jamais. Avoir des gonzesses, sortir avec des filles, ça ne m'intéresse pas, je laisse ça aux abrutis, aux basiques, aux primaires. Vivre l'amour avec toi, c'est la dimension supérieure, c'est être en prise avec le big bang, le plus simplement du monde. Je suis dans un amour de ravagé, bien au delà du raisonnable, j'aborde des rivages familiers et je sens que je vais encore les dépasser, en incendiaire professionnel. Mes plus belles heures se vivent ici et maintenant, mon amour, mes jours les plus forts, mon corps et mon âme dévastés et branchés sur des ondes telluriques phénoménales. L'existence n'aura strictement plus de goût après notre épopée, et je crèverai, heureux. Dors, mon ventricule, mon aorte, mon ultime.


Chaque centimètre carré de ma peau t'appelle. Rampant, souffrant, rageant. Je vise la lumière, je me suis fixé comme objectif l'élévation des âmes. Tu sais, ma tendre, le grand amour présente sa facture, un jour ou l'autre, c'est ainsi, et c'est cruel. Mais l'aventure est si grande, si vivace...
J'accepterai la douloureuse et inéluctable fin de cette passion inouïe avec résignation et le plus de calme que je suis capable d'offrir à l'indicible. Mais pour l'instant nous ne sommes qu'un, jeune et vieux couple à la fois, unis par delà les méandres des choses impalpables.


Mon cœur est une usine féroce, une manufacture à bonheur, une unité de production qui tourne à plein régime, nuit et jour. Je ne grandirai pas. Fou de toi, quel bonheur mon cœur, quel plongeon, jamais revenir. Le temps de vivre est venu, on va se battre comme des chiens, arracher nos peaux d'humains en beaux diables, et envoyer valser tous les principes insipides qui dictent leur mort au quotidien. Nos vies se suivent, se reconnaissent en permanence, et s'aiment, clairement, posément, violemment. Je prends la mesure grandissante et effrayante de ce fieffé cadeau de la destinée. Mon amour... J'ai beaucoup regardé la gente féminine, de tout temps, avec un appétit très trivialement masculin. Je ne les vois plus. Tas de viande, bien taillées certes parfois, encore, sans doute. Mais tu cristallises toutes les beautés, chérie, tu rassembles tous mes désirs terrestres. Il n'y a plus que toi, ta sensualité somptueuse, et ta douceur infinie, qui me guident et m'enivrent. Tu irradies partout, ton amour suinte de toutes choses, du ciel, du sol, dans tous mes champs de vision il y a toi, en surimpression vaudoue. Nos mains enlacées vont nous porter loin, très loin, je le crains. Tant pis pour la réalité amère de ceux qui n’ont jamais goûté à ce breuvage incandescent : le rapprochement céleste et vénéneux de nos corps.

Toi, ma vie entière, mon essence, mon spiritueux, ma fugace permanence, ma ténébreuse, mon fix, mon ange, mon nerf, da mia lioubov, mon évidente origine, ma violence, ma peau, mon plasma, mes toutes choses, ma lumière, mon filament, mon envie, ma grâce, ma cible, mon inouïe adorée, mon projet, ma douceur, mon exquise, mon absente, mon ombre noire, ma présente, ma caféine, mon speed, mon autre, mon effraction, ma tulipe, ma charmante fée, ma plaie, mon rêve de feu, mon divin accident, mon quasar, mon interstellaire, mon décor, mon atoll, ma terre.

Désormais je fonce, je m'élève, je laisse l'inertie horrible du passé dans un container de stockage, je prends mon essor, j'accélère, je décolle, j'avance vite, très vite, je vais à la rencontre de ce que j'attendais. Je veux juste savourer chaque seconde de notre histoire incendiaire. Je laisse la sagesse aux frileux, moi j'ai chaud, partout, il y a combustion intime, désordre, virus, farandole. Hier est mort. Mon thorax est déployé, je domine, je toise, je prends des mesures, je me déplace en matador du vide, je suis grimé, mode camouflage, dans cette salope de jungle humaine, je prépare un assaut, je fourbis mes armes. En pensant à ton délicat cou qui me rend fou et sur lequel je ne me lasse pas de déposer des baisers en rafale. Ainsi que sur tes cheveux, ta bouche, ta nuque, et l'intérieur de ta cuisse droite. Ce sont formellement tes yeux, enveloppants, infiniment tendres et beaux, compréhensifs jusqu'à l'ultime, qui permettent à mon cœur de battre hors de ma poitrine, au grand air, dans la vérité.


Tu m'as fait naître au pur amour, à ce sentiment proche du divin absolu, que les moines en transe peuvent ressentir en séance de prière, les bras en croix et la face contre le sol des abbayes. Tu es la femme que j'aime, à en mourir ma race. Je ne  crains plus rien. Je suis un vieux rocher de granit léger comme un enfant farceur. J'en ai fini avec les jeux de maux. A toi.

Jean.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire