samedi 10 avril 2010

Le jour où j'ai vu les Who, report by Bonzoso (je QUIffe les vieux)


D'aussi loin que je me souvienne, les Who m'ont toujours fasciné, et ce dans tous les secteurs du jeu. A dix ans, je découvrais dans le Livre des Records que les garnements sonores détenaient depuis 1976 la médaille du concert le plus bruyant, avec 120 db. J'aurais fort bien pu m'exciter le chibre sur la vitesse la plus élevée atteinte par un véhicule terrestre, ou le nombre faramineux de saucisses ingurgitées par un pignouf quelconque, mais, allons donc savoir pourquoi, les décibels incendiaires des sauvages angliches me sidéraient. Je restais vierge d'images de ces gars pendant un bon bout de temps. Je restais vierge sur d'autres domaines aussi, mais heureusement, à l'adolescence, mes pucelages sautaient un à un. Never as good as the first time?
Et puis vint le Live Aid, au soir du 13 juillet 1985, les Enfants du Rock prenaient l'antenne pour faire vivre aux frenchies la grande messe caritative du Geldof. Manque de bol, les Who passaient tard dans la nuit, et je devais m'endormir comme une merde devant la téloche familiale, sûrement engourdi par les monstruosités ahanées par Status Quo (putain, j'ai beau apprécier mesurément des choses étranges comme Abba, faut pas exagérer, Status Quo ça fait pas pipi loin). Je loupe les Who. Le lundi, je vois une copine, Isabelle, qui devait mater le concert aussi, et je la harcèle gentiment (j'aimais bien harceler Isabelle). Alors, ils ont joué quoi, Pete a-t-il mouliné, le batteur ça le faisait ou pas? La douce Isabelle me décrit les sauts du Pete, m'affirme qu'il s'est flanqué la gueule par terre sur "Won't get fooled again", qu'il a mouliné comme un vrai Townshend, la totale. Frustration du morveux, je m'en veux d'avoir sombré, j'en veux à Isabelle d'avoir tenu le coup, la vie est injuste.
Mais les ignobles privations de la puberté devaient prendre fin en 1988: enfin je découvre les Who, dans un mini set, à l'occasion d'une cérémonie d'awards britishouilles. Ils jouent "Substitute", "My generation", et la perspective live des mouvements de bras circulaires de Pete Townshend transforme ma vie. Je n'aurai de cesse de les voir en vrai, les kids qui ont raison et qui veulent mourir avant d'être vieux derrière des yeux bleus et sans se faire plus jamais avoir.
Les années passent, je collecte, j'achète, je stocke des vidéos, des dvd, des coffrets, des posters, des livres; un jour je trouve à la Fnac un compact de la b.o du film de 1979 qui retrace leur carrière avec Moon: une joie céleste m'envahit jusqu'à ce que je déchire le cellophane; le CD est très proprement fendu, bien déchiqueté sur toute une partie, inécoutable bien entendu. Il n'est pas excessif de dire que je retourne à la Fnac de Dijon quasiment en larmes, présentant mon disque au vendeur du rayon rock comme si on m'avait amputé du bras gauche à Verdun. Le type, observant l'objet avec circonspection, finit par me lâcher le plus sérieusement du monde: "Ah ouais, mais c'est normal, l'état du disque, ils ont voulu rendre hommage à Keith Moon, alors ils ont créé ce disque fracassé, c'est complètement dans l'esprit de Keith, c'est de l'art brut mon pote". Vacillement de ma frêle personne, je scrute le skeud en commençant à gober l'histoire du mec (depuis, ma crétine crédulité est moins prononcée, mais pas de beaucoup), jusqu'à ce que celui-ci éclate de rire en me tendant un autre disque, cette fois-ci en état de marche. Putain, j'aurais du garder l'autre aussi, pour la beauté du geste.
Enfin, les Saintes Ecritures du Rock me font une fleur en 2007, ma puberté est bien loin, mes illusions aussi, plein d'autres trucs également, mais les 2 Who survivants viennent à Bercy en juin, avec Zak Starkey à la batterie (c'est le filleul de Keith, je valide, il a sa carte le gamin). Je prends des places en carré or, en fosse, assis (!) pas trop loin de la scène. Le mec qui me fera rester assis pendant "Baba O'Riley", il est pas encore né, il n'existera jamais d'ailleurs. Enfin, c'était bien sympa d'avoir le cul posé en attendant les vieux, ça m'a permis de prendre des forces. Lorsque les mecs débarquent, ce n'est pas dans un trip à la Rolling Stones ou U2, avec la Walkyrie en fond sonore et une entrée de demi-dieux. Ils pénètrent sur scène simplement, comme s'ils venaient en répète, salut tout le monde, on va jouer un peu de musique, pas de quoi sortir le philarmonique de Berlin et deux mille choristes. Mais bon Dieu, lorsque Townshend plaque les premiers accords de "I can't explain", c'est physiquement supersonique comme sensation: son attaque de guitare est tranchante, hargneuse, elle met un doigt d'honneur à tout ce qui peut se faire sur scène et qui souhaite se voir apposé le label rock. Pete Townshend ne joue pas du rock, il l'incarne, il le ressent jusque dans ses poils pubiens le rock, il le balance avec la même impétuosité de petit con depuis 40 ans. J'aime beaucoup Daltrey, c'est un immense chanteur, il fait bien évidemment partie de ces quatre très fortes individualités qui ont façonné les Who, mais Pete Townshend sur scène, ça électrise de façon clinique, ça chope quelque chose de très primaire dans le spectateur, et on ne peut plus le quitter du regard et des oreilles. Je comprends la jalousie maladive de Roger, qui en a parfois eu plein le cul d'être beau, de bien chanter, et de ne pas être pour autant le point de convergence de tous les regards. N'est pas Townshend qui veut. J'ose à peine imaginer la puissance de ces types lorqu'ils étaient jeunes et complètement cinglés, la grande époque seventies, les chambres d'hôtels ravagées, Moon en état de transe permanente, les concerts de 76 qui finissent dans le Livre des Records...
Le show de 2007 est aisément dans le tiercé de tête des plus beaux concerts de ma putain de vie. Plus fort que les Stones. Plus grands encore. Plus humbles. Et quel humour! Même dans la mort de John Entwistle, il y a un pied de nez à l'eshtablissement, un coup de pied au cul à l'intelligentsia ambiante: fourré au lit avec deux putes et de la coke à Las Vegas, ça fait pas très académique pour claquer, surtout à 57 ans, mais bon, Entwistle vous chie consciencieusement sur la gueule, trépas ou pas. Lui aussi, à l'instar de Keith Moon, fut un immense artiste, un compositeur trop rare mais d'une finesse absolue, avec un regard acide et désabusé sur le rock-show-biz. La courte séquence vidéo de "Success Story", résume son état d'esprit: lucide, désespéré, pas dupe pour deux livres sterling, extrèmement intelligent et sarcastique. Son esprit a plané sur le dôme du POPB, où ses potes ont déroulé des chansons de légende, et où ce pauvre Pino Paladino a fait ce qu'il a pu à la basse, c'est à dire pas grand chose.
Parmi les très vibrants souvenirs de Bercy ce soir-là: les plus fervents Who-Maniacs poussant des petis cris incessants, dans le but non avoué d'inciter Townshend à suer sur sa six cordes comme aux plus belles heures: "Who, Who, Who, Who". Je connaissais cette légende qui consistait à pousser ce hurlement belliqueux, le "Who"de ralliement des fans, j'avais vu ça dans les vidéos, mais putain, dans le chaudron du live, ça fait chaud au coeur, ça remue l'estomac, on se prend pour un membre d'une tribu. Les Who ne s'adressent pas à l'intellect, ils travaillent sur le cerveau reptilien, et pourtant leur musique est extrêmement élaborée. Je les aime à en crever, je surveille de près les acouphènes de Townshend, parce que le jour où il quittera les planches et qu'il deviendra vraiment vieux, ben moi aussi du coup, et ça me fera drôlement chier.

4 commentaires:

  1. Pete est le rock. Tu as tout dit.

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  2. J'avais aussi le livre des records. Je crois que je l'ai lu intégralement. Il fallait quand-même en tenir un couche pour ça. Je me souviens du record des Who, il me semble même que tous les poissons du lac à côté en sont morts. C'était très rock comme record, mais ce n'était pas raisonnable. C'est con d'être à moitié sourd quand on est mélomane. Qu'en pense notre ami Pete ?
    Il t'a bien eu le gars de la Fnac ...
    As tu eu aussi en 1ère partie le groupe de son frère Simon ? Pas mal, mais un bon cran en dessous du grand frère.
    Ce show de 2007 est dans le tiercé de tête, quels sont les autres shows ?
    Que penses tu de la carrière solo de Pete ?

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  3. Non, à Bercy on a eu The Cult, pas inintéressant, m'enfin sans plus...
    Dans le tiercé, il y les Who, Pink Floyd, et Page-Plant bien évidemment. Mais bon, c'est pas une compète non plus, qui suis-je pour oser leur attribuer un classement, à ces titans?
    Quant à Pete, j'ai bien l'impression qu'il donne le meilleur aux Who, et c'est tant mieux.. J'aime bien l'album "Empty Glass", cela dit. Et Dieu sait qu'un verre vide, c'est une grande douleur pour Townshend !!!

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  4. Etant donné le quatuor infernal Gimour-Page-Towmnshend-Hendrix, j'aurais dû me douter de ce trio, sachant que nous n'aurons jamais le bonheur immense de voir Jimi en live.

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