jeudi 21 octobre 2010

Et la p'tite crotte devint fleur de lune....


Le lendemain de la mort d'Andy Warhol, mon premier neveu est né. J'ose espérer que Drella a essaimé quelques poussières de talent jusqu'à la clinique Pergola de Vichy ( ça rime avec Factory), et je remercie le ciel chaque jour que ce chiard ne soit pas venu au monde dans la même faille temporelle que Mike Brant. Avec ce marmot, je me suis comporté de manière particulièrement machiavélique, mettant en place un plan de conquête très précis, avançant mes pions dans l'ombre, un peu comme lorsque l'Empereur, cet enculé, repère le jeune Dark Vador et l'attire subtilement vers le côté obscur. A la différence essentielle que c'est vers les sonorités du diable que je voulais qu'il s'oriente, et non pas vers Palpatine... Ainsi, patiemment, graduellement, je mis dans les oreilles du mouflet des choses qui me semblaient propices à le façonner sa culture "auditive" de belle manière, à faire en sorte que son goût en matière de musique ne se fourvoie pas dans les tréfonds du Top 50, dans les voies ( voix) de garage de l'amère merde servie à pleins tubes cathodiques. C'est très facile de guider un môme, l'air de rien: on laisse traîner des cassettes, on accepte bien volontiers de se faire piller la discothèque tous les week-ends, on conseille un peu, on procède par petites touches, et puis le gosse, au final, s'il a su éviter les grosses daubes qui ornent mes étagères ( et y en a, je ne me veux pas grand explorateur pour rien), il fera son chemin tout seul, comme un téméraire padawan... Je pris un malin plaisir, mêlé à une certaine mélancolie, à le voir découvrir mes Dieux personnels, à s'extasier sur les oeuvres complètes d'un Hendrix, à kiffer les Zeppelin et être bouleversé par le floydien "Echoes". C'est un noble parcours que l'initiation au son, et c'est bien malheureusement un truc qui n'arrive qu'une fois, comme pleins d'autres trucs très biens qui n'arrivent qu'une fois, et quelques saloperies heureusement aussi.
Forcément, un jour, il y a six ans de cela, le gamin, abreuvé de disques et de concerts par ma pomme ( son premier grand show fut les Stones, bordel), prit son envol et forma un groupe avec des camarades tout aussi mordus que lui. Des violents, les mecs, également, des acharnés du bulbe. Des fondus de rock'n'roll qui évitent soigneusement les écueils catastrophiques qui émaillent cette époque musicale de merde. Déjà que j'en ai chié dans les années 90, ça doit pas être simple pour eux, de trouver des bons disques à se coincer sous la dent, entre Lady Radio Glagla et notre ami Bénabar, personnification idéale de l'adjectif insipide, et chantre de la grande voix à la française. Absolut bullshit.
Les p'tits gars et mon neveu, ils sont partis dans un trip 70's, avec les Stones en poster sur leur cul, la gueule de Keith Richards comme maître à penser et à vivre, et une farouche envie de baiser le monde. Et puis, à l'inverse d'un nombre incalculable de groupettos merdiques qui ont émergé à cette époque, et qu'on a baptisés "Baby Rockers", les mômes savent jouer, ils répètent, ils bossent, suent sur le manche, sans rechigner, et sans prendre des poses rocks ou punks, à la Joe Strummer ou Jimmy Page, garde robe et mèche en avant, avant d'avoir pondu une traître note. Ca s'appelle "Moonflower" et ça s'est vite fait taillé une réputation dans leur bourgade bourbonnaise. Avant de prendre de l'ampleur, de gagner des tremplins, de progresser, avec juste ce qu'il faut d'inconscience inhérente à leur âge pour avancer à toute vitesse. En 2006, grosse affaire, ces petits branleurs moulinois sont programmés au Gibus, dans le cadre des Rock'n'Roll Friday, qui ont, à une époque, fait mouiller les petites pucelles parisiennes et donné l'occasion à Rock & Folk de rajeunir considérablement son lectorat et sans doute de survivre. De bonne guerre. N'empêche, ce fut une putain de grande soirée, les Moon devant ouvrir le bal pour les Naast ( Moouuuaaaaahhh, les Naast, j'me marre, deux tonnes de fringues et pas un gramme de jeu ni de compos), ils se la jouèrent Hendrix au festival de Monterey, dévastant tout pour que les Who ne soient pas en mesure de performer devant un public décédé de bonheur. Un putain de set, ramassé, sec, nerveux, à l'énergie et au talent, avec Philippe Manoeuvre qui sautillait comme un gosse au son de "Wanna be your sugar", leur Grosse Bertha personnelle... L'image du Phil complètement chaviré par ces petits trouducs, ça m'a gonflé la poitrine de tendresse pour eux, et je n'ai pas expiré ce putain d'air depuis ce soir là, j'en garde dans les poumons, c'est du bon, coco, pas du placebo de Placebo, du vrai, du stout, de l'ether, un sniff d'eau écarlate que ça te gicle partout et ramone les deux narines à sec. Après eux, les Naast, qui se chiaient déjà dessus avant et pendant, en ont drôlement bavé pour faire surface. On notera au passage qu'ils n'ont tellement pas fait surface qu'ils ont coulé corps et biens, ouais, corps et maux, parce que leur place naturelle était bel et bien au fond du monde du silence, coincés entre Cousteau et Jacques Mayol.
Géant Vert, un géant blanc qui a bossé avec Parabellum, et qui écrit dans RnF, a tout de même élu le gig des Moonflower concert de l'année dans le traditionnel référendum des fêtes de Noël, et depuis, j'ai envie de lui bicher le front, au Géant Vert. Ca se fera. En tout état de cause, les Moon, eux, ont survécu à la vague des rockers en Pampers, sombre opération marketting dont on a oublié les éphémères gloires ( je ne citerais point ici les désormais célèbres BB Brunes, par égard pour leur famille, et par respect pour le rock et John Lennon). Les mecs sont tous sur Paris, maintenant, ils jouent toujours, ils répètent, ils composent, ils produisent du son, et du bon, et ça me réjouit drôlement la couenne de les savoir actifs et préoccupés par leur musique, à 23-24 ans, plutôt que de se branler sur un quelconque métier d'avenir. Ils bossent et vivent pour leur art, mettent du fric de côté pour nourrir leur combo, et je suis juste heureux de les avoir connus puceaux et juvéniles, et de les avoir vus s'épanouir dans leur rock, s'accrocher à leur destin rêvé en farouches passionnés, en oubliant d'être cons ou ridiculement prétentieux. Leur avenir est dans leurs pognes, ils sont sacrément unis et forment désormais une escouade robuste et solide, sûre de sa force, et la scène c'est chez eux, comme le Jack D appartient à Richards ou la vodka à Ron Wood. Qu'ils fassent leur truc, à fond, en harmonie avec leur sincère désir de bien faire de la bonne musique, en faisant consciencieusement sauter les garde fous, je suis là, en retrait, avec mon oeil bienveillant et mes jugements de vieux con, pestant de ne pas avoir eu les burnes d'y aller, moi aussi, à leur âge, quitte à y laisser mes plumes et lubies dans un joyeux et festif bordel. Courage, les mecs, vous n'avez pas spécialement choisi la plus belle des ères pour jouer dans un groupe, mais bon, justement, tout est à faire maintenant, non?
Et puis tout est en train de se faire, d'abord. Je vous aime. Fuck you.

3 commentaires:

  1. Pour se marrer, quelles sont les grosses daubes qui ornent tes étagères ?

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  2. Il y a des compiles des tubes des années 80 ( car je suis très friand de Jackie Quartz et de Gold), il y a du Boney M et autres joyeusetés discos. Il y a également des choses que je n'assume plus et dont je souhaite préserver l'anonymat..
    Mais y a aussi "Hunky Dory" et "Blonde on Blonde", faut pas déconner non plus !!!

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  3. J'avoue honteusement avoir eu une période Modern Talking en 4ème. Par contre, je me suis débarrassé des K7 depuis. On se traîne tous nos casseroles ...

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