jeudi 27 mai 2010

Tout mon respect pour Le Vieux.


Il me paraît sage de démonter les éventuelles conneries qui circulent sur Lemmy, frontman extraterrestre de Motörhead. Le mec n'est nullement un facho de merde, même s'il porte en permanence des accoutrements "style" 39-45. Monsieur Kilmister est juste passionné par cette peu glorieuse période de l'histoire, il lit énormément là dessus, et il est de notoriété publique que le nationalisme le fait gerber (en revanche, l'abus de bourbon ne l'a jamais fait vomir, étonnant, non?). De même, Lemmy n'est pas un macho de base qui claque le cul des groupies en les toisant comme du bétail: Lemmy milite dans des associations de défense des droits de la femme. Ben ouais. Le pépé du metal, respecté et adoré par des légions entières de musiciens, se positionne exactement à l'inverse de ce qu'il peut laisser paraître aux abrutis.
Le jour où Lemmy a présenté sa girlfriend black à ses amis, il a été profondément choqué par l'attitude de certains, qui semblaient lui reprocher cette union bicolore. Fuck it !! Lemmy les a dégagés de ses relations. Lemmy urine sur le racisme, il hait la guerre et encule la religion avec sa Rickenbacker. Et, par dessus toutes les qualités du bonhomme, il y a un petit je ne sais quoi qui m'attendrit et me ravit: le groupe préféré du gars, c'est les Beatles, point à la ligne. Lemmy, en naissant, a totalement oublié d'être con. Il ne dit pas qu'il joue du heavy metal, du hard rock, ou de la musette: il affirme qu'il joue du rock'n'roll. Et il vénère Buddy Holly et tous les pionniers du mouvement, les bluesmen noirs comme les culs terreux blancs, de Robert Johnson à Eddie Cochran, no problems at all.
Après plusieurs hésitations, parce que je chiais un peu dans mon froc quant au volume des concerts du combo ( je veux bien perdre un pourcentage de mon audition, mais putain, devenir stone deaf, non, merde, je veux écouter de la musique jusqu'à la faucheuse, putain), je me suis enfin décidé à aller voir Motörhead au Zenith, pour leur dernier concert parisien en date, en novembre 2009. Bon ben c'est vrai qu'ils jouent fort, aucun doute là dessus, hein, je mentirais sinon. Mais ça fait partie d'eux, c'est leur façon de vivre la musique, et je t'ai fait sauter les protections auditives en moins de deux... Lemmy s'est pointé sur scène avec ses bottes et son chapeau, l'air épuisé, la voix brûlée par des millions de Marlboro et des citernes de Jack Daniel's, et il a bouclé son set avec professionnalisme et humanité. Le vieux déplace des forces vives dont il n'a sans doute pas conscience. Quand il pénètre dans une salle, il est clair que même le trou du cul du dernier rang ferme sa gueule et écoute le menhir angliche. On la boucle devant Lemmy. Ou alors on prend une tarte. Paraît que Lemmy ne supporte pas les gens mal élevés, et qu'il est très à cheval sur la politesse. Des centaines d'anecdotes, plus ou moins vraies, circulent sur son compte. On dit que les médecins lui ont formellement interdit de donner son sang, celui-ci charriant à présent des toxines qui seraient dangereuses pour un organisme dit normal. On murmure aussi que pendant les cinq premières années de Motörhead, entre 1975 et 1980, il n'aurait été à jeun que durant 3 heures (selon ses dires). Ca fait peu. Le foie de Lemmy est un gros bosseur, il a du travail tous les jours, et les quantités d'alcool ingérées par ce Falstaff de la rock music ont même impressionné Ozzy Osbourne, qui n'est pas spécialement le premier venu en matière de tisane. Lemmy a fait peur à Ozzy !! Le prince des ténèbres se fait tout petit devant Sir Kilmister. Ca calme...
Toujours est il qu'entendre "Overkill" à 120 db, avec ce putain de fameux riff de basse légendaire, fut un délice pour mon corps et mon cerveau, ce genre d'expérience ultime où les notes viennent taper dans ta poitrine (attention aux côtes cassées par le volume..), c'est bon et c'est puissant, on dirait un shot démesuré de vodka, ou alors de l'absinthe en perf. Mastodontesque... Et ca n'empêche en rien la musique de Motörhead d'être nourrie au blues, d'être infiniment plus délicate et élaborée si on veut bien s'y arrêter plus de cinq minutes, et la considérer avec objectivité. Bref, si on fait l'effort de contourner la connerie gluante, les idées reçues, et les phrases définitives assénées par la majorité grégaire (elle est très con, la majorité, au moyen-âge, elle croyait que la terre était plate, la majorité, c'est pour dire), si on déplace un peu son flux de pensée, ça laisse entrevoir d'autres paysages, et ça fait du bien au slip.
Le vieux Lemmy va claquer, un jour. Son foie va démissionner (surmenage), ses poumons vont se déclarer zone sinistrée, et son coeur va dire stop, parce que le speed ça use drôlement les ventricules. Cette putain de journée que je redoute grandement sonnera le glas d'un être sensible et immensément intelligent, amoureux du rock'n'roll et de son groupe, et doté d'un humour particulièrement fin (taper un backstage avec lui, ça doit valoir son pesant de whisky, assurément...).
Lemmy n'est pas un nazi, putain de merde, son plus fidèle assistant est juif, et il aide le vieux à monter les escaliers, parce que la carcasse du papy commence à s'essouffler rapidement, faut se rendre à la réalité des faits.
Ca fait chier, la réalité, définitivement.

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