samedi 31 juillet 2010

Holy shit, am i a number?


Les gens désirent sans doute quelque chose de sacré. Une parcelle d'absolu, un bail temporaire pour un endroit de feu, où les moments sont forcément intenses, où la vie est puissante, ample, insensément dense. On en est tous là.
Je parcours Facebook, matant ce que sont devenus d'anciens potes de lycée, je vois des types mariés, trimbalant des gamins, des carrières, certains ont fondé des sociétés, jouent au golf, ont traversé l'atlantique, ont fait la Grèce l'an passé ( et s'y sont copieusement emmerdés, coincés entre le buffet de crudités et l'Acropole), et ça me met bizarre tout ça. Ca me pose question, comme disent les psys. J'ai pas fait la Grèce, moi. Il doit me manquer un truc. Certainement, intrinsèquement, je passe à côté de grandes choses, je suppute que la vie que mènent mes copains d'enfance s'avère géniale, les comble entièrement, et que ma gueule fait du surplace, n'entrevoyant que de très loin l'Acropole sur Google Earth. Je n'ai jamais pris l'avion. Et lorsque j'ai une journée de repos, je m'enferme dans ma grotte, me roulant le corps dans des disques parce que ça me fait du bien, surfant sur la toile pour y trouver des vieux lives de Pink Floyd canal historique, et bouquinant en pensant aux prochains concerts que je vais voir sur Paris. Je m'emmerde en "société". J'aime pas les gens, en règle générale, je penche bien misanthrope, quand même. Je n'apprécie que fort modérément le fait d'être assis à une terrasse avec une bande de cons, en train de disserter sur des notions qui me polluent l'occiput. Faut pas parler pognon, faut éviter les sujets sur la beauté de la nouvelle BMW, ceci me cause des nausées violentes et pernicieuses. Restons focalisés sur la musique, parlons des hauts et des bas de la carrière solo de Lou Reed, ou du prochain Robert Wyatt, mon oeil manifestera alors un éveil étonnant pour un type de mon âge.
Tous mes amis proches sont des mecs qui ont la musique pour but avoué dans l'existence. Quand je monte sur Paname, histoire de me gaver de bruit qui pense, je loge chez des gars qui sont profs de musique. Ils ont toujours un cours à préparer pour les gamins de leurs collèges respectifs, ils ont souvent une répète dans la journée, il y a des disques partout, des guitares et des claviers, des fois il y a un set de batterie dans un coin, parce qu'un pote l'a laissé là pour une semaine, c'est pas un appartement, c'est une gare de transit qui véhicule du bonheur, une énorme machine où tout est minutieusement conçu autour des beaux sons de nos vies de merde. Mes assauts parisiens sont toujours des moments spéciaux, des putains de pauses vibrantes qui me font du bien, me soufflent dans le dos pour aider à ma traversée, parce que c'est pas forcément aisé tous les jours de considérer qu'on est mortels et qu'on l'aura tous dans le cul à la fin. Vautré dans le canapé des deux zigotos ( qui vivent une colocation particulièrement harmonieuse depuis des années bien qu'étant totalement hétéros et très portés sur la demoiselle), je les observe, je les écoute religieusement, ils citent des compositeurs que je ne connais même pas, des courants musicaux que je maîtrise mal, j'apprends, j'ingurgite, avec admiration et pudeur. Je me fais minus quand l'un deux prend sa gratte et part dans une impro époustouflante, priant la providence pour que le moment se prolonge au max, que cette putain d'éternité de l'instant me fasse ad lib des gentillesses à l'âme. Les voyages parisiens s'articulent autour des concerts, des visites chez Gibert, des disques dans la bagnole, dans la station de l'iPod, partout, tout le temps, tout, tout, et retout pour la musique. Et quand je fous le camp, après deux ou trois jours de jouissives surdoses sonores, j'ai un moral de chien, je maudis le con qui a créé les RTT, les congés, et le boulôt en général. Ca me fait pousser le caca, de travailler, et tous les abrutis qui prétendent que c'est bon pour l'homme sont des sinistres menteurs, des salauds qui se contentent hypocritement d'un certain "penser correct" qui a traversé les âges avec une aisance qui ne finit jamais de m'étonner. Je préfère rentrer d'un concert à minuit avec les oreilles démolies, parler avec mes chers amis de l'acoustique pourrave de Bercy en engloutissant des tranches de mortadelle, du saucisson, avec un oeil sur la télé (parce qu'elle diffuse un concert), plutôt que de lever mes os à six plombes pour aller me coller la colonne vertébrale derrière ce putain de pc, tout salaire méritant peine, etc, et travailler, travailler, merde au travail, qu'il aille se faire bien foutre le travail, on est pas potes. Si je lui accorde désormais huit heures de ma vie quotidiennement, c'est parce qu'il a fallu rentrer un minimum dans le contour du bonhomme de base, avec pointillés bien prédécoupés sur la droite ligne des cotisations sociales, de la CSG, de la masse salariale et tutti quanti. Eh ben, les gens, ils ne devraient pas vouloir ça, ils devraient se recentrer sur le quelque chose de sacré qu'ils cherchent, et lacher leur poste pour aller chanter du Lennon sur les boulevards, dans les champs, dans leur baignoire si ça les branche, bordel. J'ai pas de mômes, j'aime bien ceux des autres, je les gave d'amour et de Beatles pour pas qu'ils prennent une mauvaise direction, j'ai pas un foyer stable avec une épouse attentionnée et des projets pour la Grèce, mes amis sont assez étranges, je les en remercie pour ça, et j'espère faire encore quelques années sur le plancher des vaches syndicales et laborieuses, avant de claquer d'un coup, parce qu'une attaque foudroyante du syndrome de Stendhal m'aura terrassé en plein concert de reformation de Led Zeppelin.
Putain, il y a des gens qui ont des citadelles bargeotes dans le coeur, des échos barbares qui leur font valser les boyaux au son de "The song remains the same", il y a de la matière à larmes à chaque coin d'oreille, de la folie concrète qui ne demande qu'à bousiller les barricades mentales érigées en modèles depuis des siècles. Les sixties auraient pu faire ça. Mais le dream is over, dear friends, c'est le patron qui l'a dit en 1970.
So long, babe, wherever you are.

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